39ème congrès Conseil National

Le conseil national du PCF a adopté le texte d’orientation pour le 39ème congres

Les 3 et 4 décembre 2022, le conseil national du PCF a adopté le texte d'orientation proposé aux militants pour le 39ᵉ congres qui se tiendra en avril 2023. Nous publions ici les interventions de plusieurs membres du CN, durant cette séance.

Les 3 et 4 décembre 2022, le conseil national du PCF a adopté le texte d’orientation proposé aux militants pour le 39ᵉ congres qui se tiendra en avril 2023.

Ce texte a été adopté par 84 voix pour soi, 60,43% avec 55 voix contre et 5 abstentions.

Nous publions ici les interventions de plusieurs membres du CN.

L’intervention de Denis Durand

Au 38ème congrès, l’unité du Parti s’est faite sur le projet communiste, tel qu’il était énoncé dans un texte qui a été voté à plus de 80 %. C’est à nouveau sur le projet communiste, tel que le définit, dans les mêmes termes, le projet de base commune, que nous ferons l’unité au 39ème congrès.

Le projet communiste consiste à inscrire les réponses aux exigences immédiates dans un processus révolutionnaire conduisant à un changement de civilisation.

En simplifiant à l’extrême, on peut dire qu’une civilisation, c’est la combinaison de deux systèmes qui interagissent avec le système écologique et entre eux : le système économique et le système anthroponomique, celui des relations par lesquelles les êtres humains se construisent, dans les relations entre générations, dans les relations au travail, dans la vie politique, dans la vie intellectuelle et psychique. Ce sont ces trois dimensions – écologique, économique et anthroponomique – que le projet communiste veut révolutionner conjointement.

Les conditions de cette nouvelle civilisation se créent dès aujourd’hui, dans la crise du capitalisme financiarisé et mondialisé. Elles se créent dans l’incapacité du capitalisme et du libéralisme à répondre aux exigences dont la révolution informationnelle est porteuse et qui sont constitutives du communisme : exigences de partage des informations, des savoirs mais aussi des pouvoirs et par conséquent des richesses et des rôles de chacun dans la société. Mais le communisme n’est pas « déjà là » : ce qui domine de façon délétère, c’est la logique du capital, avec toute sa perversité sociale, morale et politique, et avec l’inefficacité économique et écologique croissante qui résulte de la suraccumulation du capital au regard des critères de rentabilité qui, de part en part, régulent notre système économique.

C’est seulement à l’issue de ce que l’on peut appeler une transition socialiste qu’une nouvelle logique, communiste, pourra s’imposer à travers un affrontement multiforme avec la logique du capital. Au XXIe siècle, cela ne peut se faire que par un essor sans précédent de la démocratie, but et moyen de notre projet, par le dépassement de toutes les délégations de pouvoirs constitutives du libéralisme ; c’est-à-dire par une révolution politique d’un type très nouveau, nécessitant l’action autonome, dans les luttes, dans les batailles d’idées et dans les institutions, d’un parti attaché à faire converger, en leur proposant une perspective révolutionnaire, les forces dispersées qui cherchent une issue à la crise du capitalisme et du libéralisme.

Cette cohérence du projet communiste est très puissante pour nous aider à appréhender les bouleversements qui transforment à une vitesse accélérée le monde contemporain, et pour nous donner les moyens d’agir sur des enjeux de plus en plus complexes qui, sinon, pourraient sembler défier nos cadres de pensée et d’action traditionnels.

Il en va ainsi de l’enjeu européen.

Cet enjeu est partout dans la vie de chacun d’entre nous, des dangers explosifs liés à la guerre en Ukraine jusqu’au prix des carburants poussé à la hausse par la montée du dollar contre l’euro. L’objectif central, essentiel, structurant de notre campagne pour les élections européennes de 2024 doit être de faire monter et de faire converger les batailles contre cet état de choses et de les aider à se donner une perspective.

Précisément, notre projet communiste d’un monde de coopération et de paix a besoin d’une construction européenne radicalement différente de l’Europe que nous connaissons aujourd’hui, dominée par le capital, verrouillée par une BCE prétendue indépendante, et servile envers l’impérialisme américain :

  • une Europe de la démocratie et de la souveraineté populaire et non d’une fuite en avant fédéraliste ;
  • une Europe de la solidarité, accueillante pour les migrants et pour les réfugiés ;
  • une union de nations et de peuples libres, souverains et associés qui use de son poids et de son influence pour remplacer pacifiquement, avec tous les alliés qui le souhaitent, l’hégémonie de Wall Street et du dollar par de nouvelles règles dans les relations internationales ;
  • une construction européenne sociale et écologique, où l’argent de la BCE est utilisé pour un essor des services publics, de l’emploi et des productions écologiques, avec notre proposition majeure de création d’un « Fonds de développement social et écologique européen ».

Cette élection, à la proportionnelle intégrale, sera l’occasion, pour tous les courants politiques, de faire connaître leur projet de société à nos concitoyens. C’est parce qu’ils paraissent porteurs d’un projet bien identifié que les Verts ou le Front national obtiennent traditionnellement de forts pourcentages à cette élection. Il dépend de nous de mettre en avant le projet communiste. Il est donc indispensable que le congrès décide de créer sans attendre les conditions d’une liste de rassemblement présentée par le PCF et porteuse du projet communiste pour l’Europe et pour la France.

Une mise en œuvre audacieuse et créative de cette décision sera à mes yeux la pierre de touche de la réussite du 39ème congrès.

Intervention d’Evelyne Ternant

Mon intervention au CN du 3 décembre, reflète mon appréciation d’ensemble sur un texte qui se situe sur une bonne position politique d’ensemble, mais qui dans l’état actuel de sa rédaction, manque d’axes d’orientation sur notre activité à venir.
Une réflexion sur les obstacles de fond qui entravent la perception de l’utilité du parti (je ne parle pas des obstacles électoraux) et sur les moyens de les surmonter est indispensable pour hausser le niveau et la qualité de notre activité. Je pense sincèrement qu’on n’y est pas avec le texte actuel.

1- La pauvreté frappe durement et dramatiquement la jeunesse. Est-ce qu’on en fait une orientation de congrès ?
Sur la bataille des salaires, est-ce que la politisation consiste à demander la taxation des superprofits, ou l’indexation des salaires sur l’inflation ? Je ne le pense pas. Certes, mieux répartir la valeur créée fait partie des luttes sociales, mais l’articulation à la visée transformatrice nécessite de mettre en avant l’impératif de démocratie dans l’entreprise, sur les droits des salariés, concernant non seulement l’organisation du travail, mais les orientations stratégiques, la gestion et le partage des richesses créées par le travail. Comment empoignons-nous cette question que nous sommes les seuls à gauche à véritablement porter avec conviction ?
Le texte ne peut pas en rester seulement à des propositions générales, mais servir de repère d’orientation pour guider notre action collective des prochains mois. J’espère que nos organisations et les syndicalistes qui ont peu contribué jusqu’à présent vont enrichir le texte dans ce sens.

2- Sur la NUPES, là aussi, le texte en l’état ne permet pas aux communistes de résoudre sur le terrain les problèmes qu’ils se posent sur les modalités selon lesquelles il peuvent participer à des actions et activités labellisées NUPES, et comment dans ces actions tisser les liens avec le mouvement social, associatif et les citoyens . Et c’est cela qu’ils attendent. Il n’y aura pas de fédération politique NUPES, le projet de Mélenchon ne se réalisera pas, puisque nous n’en voulons pas : inutile de jouer à coucou fais moi peur sur le sujet. La NUPES n’est pas un produit fini, elle sera aussi ce que nous voulons en faire: ses défauts sont ceux de nos partenaires, qui existent avec ou sans la NUPES. Il faut sortir de la posture d’évitement du sujet et produire la feuille de route sur la NUPES dont les fédérations et sections ont besoin pour orienter leurs décisions locales.

3- Un renforcement du texte sur les enjeux européens. Il ne serait pas raisonnable de renvoyer les contenus de campagne et le débat stratégique pour l’élection européennes de 2024 à une convention traitant du sujet, même si cette dernière est souhaitable. C’est un enjeu de congrès, qui devra prendre les premiers engagements pour que la stratégie électorale retenue soit bien en accord avec notre conception d’une Europe en rupture avec les politiques néolibérales et la soumission au capital qui la caractérisent. Ce moment doit nous permette de faire connaître aux citoyen.ne.s le projet d’une « union de nations et de peuples, libres, souverains et associés », à géométrie choisie, mettant les coopérations mutuellement avantageuses au cœur de sa démarche, à l’opposé de la logique de concurrence et de la loi du plus fort qui prévalent aujourd’hui.
Merci aux camarades de la commission pour le gros travail qui a été le leur dans des délais serrés; il s’agit maintenant d’ouvrir toutes grandes les portes au travail d’enrichissement des communistes

Intervention de Pascal Joly

Je voudrais tout d’abord souligner le travail collectif et le sérieux que je perçois, à la lecture du texte qui nous est proposé aujourd’hui pour servir de base commune, en vue de la préparation de notre prochain congrès.

Plus j’avançais dans la lecture, plus j’y retrouvais, globalement, le sens de ce qui a fait mon engagement au PCF. Je me retrouve bien dans la philosophie et l’orientation générale du texte. Même si certains points restent à préciser, comme le rôle des institutions, locales ou nationales, et d’une position claire sur la sortie de l’OTAN. Il y aura sans doute beaucoup d’amendements qui seront le fruit du débat et de l’intelligence que représentent les communistes en collectif et qui ont l’ambition de faire avancer les choses. Il s’agit donc bien d’une base, et je la prends comme telle, qui sera enrichie, j’y contribuerai, et qui peut être le socle sur lequel peuvent se retrouver les communistes. J’y trouve une analyse de la situation dans laquelle nous sommes, des enjeux auxquels nous sommes confrontés, et du haut niveau de réponse à y apporter. Car cela va être un des éléments phare, et déterminant, de notre prochain congrès. J’ai été particulièrement attentif à tous les passages qui traitent de nos rapports avec les forces sociales et singulièrement des syndicats de salariés. Nous sommes loin d’une conception de courroie de transmission. Et personnellement je pense que c’est tant mieux pour tout le monde. Même si je pense, aussi, qu’un regard plus affiné et précis sur le paysage syndical aujourd’hui et ce qui le structure me parait nécessaire. Des rapports de force entre elles. Avoir un mouvement syndical dominant, qui nie la confrontation de classe, ne nous place pas tout à fait dans la même situation qu’avec un syndicalisme qui affirme que la lutte de classe est toujours une réalité et qui a décidé de la mener. Sans nous immiscer dans les affaires internes aux syndicats, mais bien parce que nous pensons qu’ils sont un élément indispensable pour participer au rapport de force et pour nous engager dans un processus de transformations radicales et révolutionnaires. La lecture que fait chacune de ces organisations, des rapports sociaux, mérite, au moins, une actualisation. Ce débat existe, aussi, en interne de chacune d’elles. Mon appréciation, est que notre affaiblissement politique, parallèlement à ce que je dis précédemment, vois aussi le retour d’une conception anarcho-syndicaliste, qui, par nature, nie la nécessité de l’intervention politique. Cela peut être un handicap pour notre volonté de construction d’une alternative politique, et d’un débouché aux attentes sociales tel qu’affirmé dans le texte qui nous est proposé. Ce syndicalisme a été à la base de la création de la CGT par exemple. Et il a longtemps dominé sa conception. Le syndicalisme, dans ses textes de congrès, prend soin de réfléchir à son rapport à la question politique et aux partis politiques. Je pense que nous devrions avoir la même démarche. Notre affaiblissement politique et idéologique se ressent dans le débat politique général. Mais il n’a pas épargné le mouvement syndical. Et je pense qu’il est, en partie, responsable du rapport de force interne au paysage syndical actuel. Conjugué à l’intense bataille idéologique que mène le patronat et les différents pouvoirs, médias inclus.

Dans la bataille idéologique actuelle que mène la classe dominante, il y a aussi cette volonté, déjà engagée, de substituer à la situation de salarié, donc à la conscience de classe, des réflexes de consommateurs. Ce qui lui permet de jouer sur la rivalité supposée entre salariés. Et d’espérer effacer cette conscience de classe. Ce qui justifie et valide, plus que jamais, une des priorités présentes au 38ᵉ congres, qui a fait l’objet de la réunion d’un conseil national avec un vote unanime, à savoir, la reconquête de notre influence et de notre présence comme parti dans les entreprises. Depuis 4 ans, le travail a été engagé, avec quelques résultats qui montrent que c’est possible et qu’il faut poursuivre et amplifier, tel que le texte proposé comme base commune le souligne et en réaffirme la nécessité.

Car le constat que je fais, est qu’il y a effectivement des luttes, souvent gagnantes, souvent à propos des salaires, mais souvent limitées au périmètre des entreprises, et qui peinent à trouver une démarche convergente. Et que c’est sans doute le résultat d’un affaiblissement politique. Soyons attentifs aux luttes qui se déroulent en ce moment. Souvent sur les salaires et souvent gagnantes. Mais elles peinent à trouver leur expression convergente. Elles traduisent à mon avis, l’affaiblissement de la conscience de classe. Lui-même résultat de notre affaiblissement politique dans le débat public jusqu’à récemment. Pour terminer, a propos de la question de la retraite, beaucoup dépend de ce que nous faisons entrer dans le calcul des annuités, mais je pense qu’il nous faut être clair et fermes. Je pense qu’il nous faut exiger l’abrogation de la loi Balladur de 1993 qu’il avait été un recul énorme pour les salariés.

Intervention de Jean-Marc Durand (Drôme)

Tout d’abord, je voudrais remercier les camarades de la commission du texte pour le travail accompli.

Jean-Marc Durant

Ensuite quelques éléments de contexte :

  • Notre congrès se situe dans un temps d’accélération de la crise systémique ouvrant sur une période de grande instabilité et de graves dangers, la guerre guettant.
  • Dans le même temps les luttes montent d’un peu partout mais toujours de façon assez éparpillée, assez isolée, et pour tout dire renvoyant à la problématique du manque de débouchés.

Il nous faut donc accélérer le combat communiste, le combat pour le communisme et donc pour rendre visible et crédible notre projet. Bref avoir un parti à la hauteur.

C’est-à-dire, après l’arrêt de notre effacement, entrer dans une phase nouvelle de développement et de déploiement de nos idées, de notre démarche d’ensemble visant un dépassement réussi du capitalisme. Nous devons (re) prendre toute notre place dans la monde politique et plus globalement dans la société auprès de toutes celles et ceux qui ont intérêt à ce que cela change vraiment. Et à cela le projet de base commune apporte de vraies réponses en amenant des approfondissement de nos travaux du 38ème congrès. Pour autant, il y a encore besoin de plus affirmer la nécessité de travailler toutes les questions, tous les niveaux dans un même mouvement :

  • Sociétal et social ; l’un nourrissant l’autre en appelant des réponses qui font société,
  • National, européen et mondial tant les questions qui taraudent ces trois niveaux, s’interpénètrent et exigent des réponses qui visent un changement profond de civilisation.

C’est dire combien il y a besoin d’approfondir et d’enrichir nos propositions touchant à la maîtrise de l’argent (par exemple avec un fonds européen), aux pouvoirs d’intervention à tous les niveaux avec de nouvelles institutions (comme nous y invite le projet de SEF avec les conférences pour l’emploi…). Mais aussi la nécessité de pousser fort les questions touchant aux relations femmes-hommes, à la jeunesse, au 3ème âge ; comme celles concernant notre rapport à la nature et à l’environnement avec une question clé, celle de l’énergie.

Tout exige un PCF à l’offensive, déployé, pas frileux, et veillant comme jamais à son fonctionnement, son organisation ; autant de points d’appui pour améliorer notre efficacité, notre influence.

Et c’est à partir de cet effort de reconquête organisationnelle et idéologique, et dans l’action, que notre parti pourra regagner des élus et redevenir le véritable moteur d’une reconquête politique de toute la gauche. Il nous faut en effet sans doute veiller à sortir de logiques pouvant encore apparaître comme trop électoralistes participant finalement à nous ranger au rang de parti comme les autres aux yeux de nombreux électeurs potentiels.

C’est à la lumière de tout cela que nous devons préparer les prochaines élections européennes. Bataille d’idées et notre projet pour l’Europe doivent être le point de départ et le socle de notre campagne menant à une liste du Pcf conduite par nous et ouverte au monde social. Le congrès devra préciser tout çà ! C’est de la sorte que nous participerons à construire un rassemblement à gauche capable de dépasser les impasses de la « Nupes » et que doit se concevoir notre rapport, notre apport au monde syndical avec des communistes pleinement engagés en son sein.

Intervention de Frédéric Boccara

Nous engageons notre 39ème congrès dans un contexte particulier.

1- D’une part des luttes se développent, non seulement en France, mais aussi dans de nombreux pays en Europe ou dans le monde, luttes aussi bien sociales (salaires, emploi, notamment) que dites « sociétales » (écologiques, féministes comme en Iran) … et avec des victoires notables.

Mais se pose la question de la convergence des luttes, de ce qu’elles ont en commun, donc de leur politisation. Et, de façon complémentaire, se pose la question : changements politiques profonds ou bien petites corrections du système, par exemple en corrigeant seulement la répartition des revenus ?

D’autre part, de profondes attaques anti-sociales sont en cours, par exemple chez nous, avec les réformes de l’assurance-chômage et celle des retraites, car le capital dont la rentabilité est en crise a besoin à tout prix de beaucoup plus de profits en diminuant les dépenses sociales et salariales et en monopolisant encore plus la révolution informationnelle pour les capitaux dominants, voire en la dévoyant.

Et les idées régressives de droite et d’extrême-droite montent ainsi que la crise politique.

Pourtant, les exigences objectives et subjectives pour un changement profond sont peut-être plus fortes que jamais. Du côté des exigences objectives, on a la révolution informationnelle (appelant une société de partages et de priorité aux dépenses humaines), la révolution monétaire (qui libère presque entièrement la monnaie de l’or, ouvrant la possibilité que la monnaie devienne régulée par les besoins de développement humains), la révolution démographique (de maîtrise de la fécondité et de la sénescence) ouvrant à des changements anthroponomiques, c’est-à-dire dans les relations humaines, les relations non économiques, et la révolution écologique (qui fait des êtres humains et de leur activité les responsables de la planète, dont son climat). Du côté des exigences subjectives, nous avons les luttes féministes, anti racistes, les mobilisations écologiques, la mise en cause du travail et l’exigence de sens de celui-ci, c’est-à-dire des prises de conscience du caractère insupportable des dominations et, en germe, de l’exploitation.

Pour nous, pas de hiérarchie entre économie (re-production des biens et services) et anthroponomie (re-génération humaine et sociale). Pas d’opposition non plus, comme certains cherchent à le faire, mais articulation indispensable entre les deux.

On pourrait dire que les aspects anthroponomiques, avec tout ce qu’ils portent de vécu humain et de culture, jouent à la fois en amont sur la volonté de changement, de révolte contre un état de fait, et en aval pour tirer une conception de la société, de l’émancipation. Mais l’exploitation, les relations de classe et la domination du capital constituent un point aveugle décisif, entre les deux en quelque sorte. Tout étant traversé par la culture néolibérale, d’individualisme exacerbé et de prédation, et par la culture capitaliste du profit et de l’accumulation, la recherche du taux de profit le plus élevé.

Enfin, la question du monde et de son organisation commence à apparaître fondamentale, avec la guerre, mais aussi avec la domination sans précédent des multinationales et des GAFA, les monopoles sur les connaissances et les technologies, mais aussi l’enjeu écologique. L’international est de plus en plus « intérieur » à chaque pays au lieu d’être considéré comme un « extérieur ».

Tout cela n’empêche pas, pour l’instant, et s’accompagne, les idées régressives que nous dénonçons, l’utilisation de boucs émissaires de toutes sortes, à partir des souffrances et inquiétudes de nos sociétés et des menaces d’identité avec toutes ces nouveautés : une crise de dés-identification profonde dans une société à la recherche de ré-identifications.

2- L’objectif du congrès, dans ce contexte, est à mon sens de confirmer un cap, d’élever le niveau politique de notre intervention, et de mettre à jour nos analyses et idées par rapport aux défis nouveaux et à l’exaspération de la crise systémique.

Pour simplifier à l’excès, le 38ème congrès a été celui de la réorientation politique et de la visibilité communiste, par rapport à l’effacement et à la dilution.

Avec le 39ème congrès, il s’agit à présent de donner contenu à l’originalité communiste, de développer la novation communiste, qu’elle soit nourrie et appropriée par l’ensemble des communistes. Nous avons aussi besoin que le 39ème congrès permette d’aller vers un PCF en capacité de développer l’action et de mener des batailles politiques et idéologiques.

3- Le texte, sa philosophie, son approche me conviennent pleinement. Elle est de faire le choix de pousser le 38ème congrès, l’originalité communiste et de se donner des objectifs pour développer l’action. Pour cela, elle développe la cohérence entre objectifs, moyens financiers et pouvoirs, elle avance l’originalité communiste de notre projet de sécurité d’emploi et de formation ― qui est un projet de société ― elle développe une articulation entre social et sociétal, par l’articulation entre économie et anthroponomie, elle avance sur la question des pouvoirs nouveaux, à la fois dans l’entreprise et par des institutions nouvelles, démocratiques, de planification écologique et sociale, articulées à un doit de suivi de la réalisation des objectifs et à la mise en œuvre de moyens financiers.

Le texte le fait-il pleinement ? Le fait-il au mieux ? Bien évidemment, il va falloir progresser. Il reste à avancer, il va y avoir à développer, avec l’apport créatif de la réflexion des communistes, pour enrichir, améliorer, consolider. Précisément ce sera le rôle du congrès. Mais C’est ce texte constitue une bonne base de travail pour le faire.

Quelques éléments de ce que je pense qu’il faut développer.

  • La question d’un « Etat fort », dont d’autres à droite ou du côté de Macron se saisissent. Il nous faut percevoir la dimension de classe : Etat fort pour qui, le capital ou les êtres humains et les services publics ?
  • La question du monde qu’il s’agit de mieux tisser avec les questions dites « intérieures », car en fait pour chacune et chacun les questions sont souvent simultanément locales, nationales et mondiales : traiter à la fois les institutions internationales (comme l’OMC qui impose le paiement des brevets), l’action du gouvernement français et les multinationales, en s’appuyant sur les potentiels de luttes dans les autres pays, à commencer par l’existence de partis communistes.
  • La nouveauté de la crise actuelle, sa différence avec celle de 2008-2009, dont le processus du congrès va nous pousser à développer l’analyse et à la clarifier, collectivement, avec l’apport de l’expérience et des connaissances des milliers de militants communistes investis dans de nombreux domaines
  • Sans développer notre programme, je partage pleinement en cela le choix que nous avons fait en commission du texte, il va s’agir de faire ressortir quelques batailles, donc de les articuler à quelques propositions précises. Je pense en particulier à notre proposition pour un Fonds européen en faveur des services publics, démocratique financé par la BCE, pratiquant des taux à 0%. Cette proposition prend une acuité considérable avec tout à la fois, la remontée des taux d’intérêt, le tournant guerrier et militariste de l’UE, l’affaiblissement considérable des services publics dans tous ses pays ― et dont la réalité commence à être reconnue largement ― et aussi l’expérience que nous venons tous de faire d’une possibilité de création monétaire massive en faveur de buts identifiés, avec le quoiqu’il en coûte. C’est une bataille d’autant plus d’actualité que le tournant austéritaire se décide de plus en plus : une austérité « sélective » contre le social, l’emploi, la formation, les services publics et en faveur du capital, des munitions et de la guerre.
  • La question de l’Europe et des élections européennes sera une des pierres de touche du congrès car elle est un confluent de ces différents enjeux, de novation, d’originalité… et de luttes acharnées, avec l’austérité que l’UE veut démultiplier, avec un nouveau pas dans la mise des pays sous tutelle des marchés financiers, avec un nouveau pas dans la confiscation démocratique via la marche à un fédéralisme renforcé, avec la vassalisation économique, politique et militaire aux Etats-Unis et l’orientation guerrière.

4- Enfin, la question des statuts sera elle aussi très politique. Elle demanderait un développement que je ne peux faire ici, mais j’appelle les communistes à la prendre à bras le corps.

Intervention d’Amar Bellal

Sur l’écologie, économie circulaire, anthropocène, dépassement du capitalisme…

Mon intervention au CN du PCF du 3-4 décembre 2022 suite à la proposition du texte de base commune du 39ᵉ congrès pour les membres du PCF intéressés (qui recevront d’ailleurs l’ensemble des interventions par mail, document qui sera en téléchargement sur le site, donc public)

Il est utile d’abord de rappeler que ce texte est une proposition de base commune, pour permettre la discussion, et non la clore. Il sera enrichi par les amendements et propositions de modification qui seront sans nul doute faits ce WE de CN, mais aussi par la suite, par les militants de toute la France dans les congrès de sections puis de fédération. Cela fait réagir et c’est normal, et les nombreuses interventions le montrent. J’entends ici et là qu’il manque tel ou tel aspect dans le texte de base commune, que certains sujets ont été éludés. Mais je suis moi-même favorable à ce qu’on intègre quelques lignes pour évoquer par exemple le printemps arabe ou la lutte des femmes (et des hommes) en Iran comme cela vient d’être proposé ! je n’ai donc pas de problème avec l’intervention précédente de ce point de vue (Note : en réalité ces deux sujets sont bien évoqués dans le texte initial…)

Ce qui nous importe aujourd’hui, notre responsabilité en tant que direction, c’est de vérifier que ce texte permet vraiment la discussion dans de bonnes conditions dans le parti et qu’il suscitera un débat de qualité auprès des militants en n’éludant aucun sujet, et non pas d’arrêter un texte définitif.

Je veux aussi souligner la démarche collective qui a présidé à l’écriture de ce texte dans la commission du texte. Il y a eu une volonté honnête et sincère de faire participer tout le monde, dans la diversité de ses « compétences » et sur les sujets de prédilection de chacun, même si chacun pouvait intervenir sur tous les sujets bien sur.

Sur l’écologie justement, je crois que le texte présente une vraie avancée avec des chapitres majeurs ouvrant à chaque fois sur les défis de civilisation que portent les crises écologiques. Cela peut même être déroutant tellement l’approche est en rupture avec les autres congrès. Cette place de l’écologie montre à quel point ce sujet est de plus en plus central dans notre réflexion. 4 ans se sont écoulés depuis le dernier congrès : entre temps il y a eu le 6ᵉ rapport du GIEC, la COP 26 et 27 avec la montée de l’exigence d’atteindre la neutralité carbone, avec la nécessité plus que jamais d’engager des politiques d’atténuation mais aussi d’adaptation, car le réchauffement climatique est déjà là et il faudra s’y adapter. On insiste également sur l’importance d’appliquer les principes de l’économie circulaire au secteur industriel pour diminuer la pression sur les ressources et se donner les chances d’assurer la réponse aux besoins d’une planète peuplée de 8 milliards, bientôt 10 milliards, d’êtres humains.

Mais surtout, l’avancée majeure dans ce texte, c’est que nous disons clairement que certaines crises écologiques sont des problèmes qui vont bien au-delà du seul dépassement du capitalisme. Je crois que c’est nouveau écrit ainsi noir sur blanc et aussi clairement exprimé. La crise climatique, les ressources qui s’épuisent, sont des problèmes objectifs que le capitalisme aggrave bien sur et dont il empêche la résolution. Mais insistons, nous auront nous-même à faire face à la difficulté de décarboner toute l’économie et organiser nos moyens de productions et de consommations autrement pour qu’ils soient durable pour une planète de 10 milliards d’habitants, quand bien même le monde entier serait organisé suivant les principes du communisme. Nous aurons aussi à faire face à d’autres pandémies, à assurer la sécurité sanitaire, alimentaire, : c’est un défi politique et scientifique en soit au delà du seul dépassement du capitalisme. C’est novateur et je pense que cela nous rendra plus crédible et audible de le reconnaitre et de l’exprimer ainsi aussi clairement.

Cette idée est amenée dans le texte par la notion d’Anthropocène, période qui consacre l’action humaine comme une des forces géologiques majeures, au côté des autres forces géophysiques naturelles. Depuis 10 000 ans et l’invention de l’agriculture, l’humanité a transformé tout son milieu, avec un impact majeur. Ainsi il n’y a plus aucun paysage vraiment sauvage autour de nous : même la forêt Amazonienne a été façonnée par des millénaires de présence humaine contrairement à ce que l’on pourrait croire ! Cette nouvelle période, où l’humanité a répondu de façon légitime à ses besoins en transformant et exploitant son milieu, nous l’assumons : il ne s’agit pas de revenir en arrière dans une nature sauvage intacte, fantasmée, pensée hors de l’humanité, et qui n’a jamais vraiment existé, mais au contraire de se donner les moyens pour que notre environnement reste vivable et que nous puissions continuer à en tirer les richesses nécessaires pour répondre aux besoins légitimes de l’Humanité, ce que le capitalisme ne permet pas dans sa folie de gaspillage et d’inefficacité. Et c’est possible d’atteindre cet objectif, au-delà des discours catastrophiques et démobilisateurs insistants sur les limites planétaires, sans poser les questions hautement politiques de l’organisation de nos sociétés, de nos modes de production et de consommation, des potentialités du progrès scientifiques et technologiques. En cela l’Anthropocène nous oblige, il perdurera au delà du capitalisme.

L’Anthropocène est une notion importante, que la communauté scientifique s’est appropriée et qui est présent dans les débats sur l’écologie, mais importante surtout pour les questions politiques qu’elle pose sur notre rapport à la nature et donc le rapport qu’entretiennent les êtres humains entre eux : en effet, nous ne pouvons pas résoudre la crise environnementale, sans résoudre les rapports de domination et d’exploitation entre les êtres humains. Cela nécessite de dépasser le capitalisme, première condition incontournable, pour se donner des chances de résoudre tous ces problèmes.

1 comment on “Le conseil national du PCF a adopté le texte d’orientation pour le 39ème congres

  1. GARRIC Jean-Claude

    L’élection européenne n’est pas tout à fait à la proportionnelle intégrale comme le dit Denis Durand. Le seuil de 5% est antidémocratique et alimente le vote « utile », il a privé le PCF la dernière fois des deux ou trois députés auxquels il avait droit et l’a éliminé de toute représentation au Parlement Européen : il faut exiger son abrogation pour l’élection européenne à venir.

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