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Pour l’Europe, pour la gauche, pour le PCF,une exigence vitale : mettre en avant notre projet de société

En présentant une liste de rassemblement à l’élection européenne conduite par l’un.e de ses membres, le PCF doit saisir l’occasion de mettre très fortement en avant un projet européen s’inscrivant dans son ambition communiste.

En présentant une liste de rassemblement à l’élection européenne conduite par l’un.e de ses membres, le PCF doit saisir l’occasion de mettre très fortement en avant un projet européen s’inscrivant dans son ambition communiste. C’est vital pour le parti lui-même, mais d’abord pour la gauche tout entière, pour la France et pour l’Europe.

Pour l’Europe. Conçue au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, au temps du plan Marshall, pour arrimer l’Europe occidentale au camp de l’impérialisme américain dans la Guerre froide, la construction européenne actuelle est percutée par la recomposition des forces précipitée par la guerre en Ukraine et, plus fondamentalement, par l’entrée en crise de l’hégémonie américaine sous l’effet de la montée des pays émergents et du Sud. Ni Poutine, ni même l’OTAN ne semblent montrer de scrupule à faire de toute l’Europe leur champ de bataille. Dans un monde qui bascule, les peuples européens ont tout à perdre aux politiques actuelles, soumises à la préservation de l’hégémonie du dollar et de Wall Street. Ils ont tout à gagner à sortir de l’alignement et à s’appuyer, pour y parvenir, sur une convergence avec les forces montantes des pays émergents et du Sud.

Ils ont tout à gagner à mettre en cause radicalement les règles néolibérales voulues par les gouvernements et relayées par les institutions européennes. Pour répondre aux exigences des marchés financiers, la Banque centrale européenne a mis tout son pouvoir au service de l’austérité budgétaire et salariale. Mais la crise de 2008, puis la pandémie ont fait voler en éclat la doctrine de la « concurrence libre et non faussée ». Pour éviter un effondrement économique et social, les règles, naguère sacro-saintes, du Pacte de stabilité ont été suspendues en quelques jours. Pour sauver les marchés financiers, la BCE s’est vue contrainte de faire ce qu’elle n’avait cessé, auparavant, de refuser avec horreur : acheter massivement des titres publics, refinancer les banques à taux négatif, en leur imposant même des conditions sur l’utilisation de cet argent !

Depuis, la langueur des économies européennes soumises à l’exorbitant privilège du dollar se confirme. Les États peinent à utiliser efficacement les ressources levées sur les marchés financiers dans le fonds Next Generation EU. Face à l’urgence climatique, les économies européennes, technologiquement surclassées dans des domaines stratégiques, n’ont pas les moyens des ambitions écologiques qu’elles affichent.

Frappées de plein fouet dans leur niveau de vie par une inflation dont les banques centrales portent une part écrasante de responsabilité, les populations sont plus vulnérables que jamais aux restructurations décidées par des groupes obsédés par la baisse du coût du travail. Elles sont plus vulnérables que jamais à la précarisation des emplois, à la dévitalisation des services publics et de la protection sociale. Elles sont plus vulnérables que jamais aux menées nationalistes, racistes et fascistes.

Personne, même ceux qui la dirigent aujourd’hui, ne veut plus de cette Europe-là. Mais par quoi sera-t-elle remplacée ? Par un super-État capitaliste, doté d’un gouvernement supranational et d’un budget propre directement branché sur les marchés financiers ? Par une collection de petits États en rivalité les uns contre les autres, travaillés par les ressentiments nationalistes, prétendument « souverains » mais en réalité ballotés au gré des rivalités impérialistes, des stratégies planifiées par les multinationales et des flux de capitaux spéculatifs ? Ce n’est pas ce que veulent les peuples européens.

Il est vital d’ouvrir concrètement la voie d’une Europe utilisant l’argent de la BCE pour donner la priorité aux services publics et non à la « concurrence libre et non faussée » ; à un développement fondé sur le renforcement des capacités humaines, de l’emploi, de la formation et non sur l’épuisement des travailleurs et le saccage de la planète ; à la coopération avec les pays du Sud et des pays émergents pour imposer pacifiquement une alternative à un ordre politique et économique dominé par les États-Unis et le dollar.

Les luttes politiques en France peuvent contribuer beaucoup à ouvrir cette nouvelle voie. Mais une chose nous en empêche : l’état actuel de la gauche, sa faiblesse électorale, le rejet dont elle est l’objet dans une grande partie de l’électorat populaire. Son incapacité, après un demi-siècle d’échecs, à renouveler son logiciel, à se défaire de l’illusion qu’un « État fort » et une fiscalité redistributive seraient à même de corriger les fléaux du capitalisme financiarisé en crise, en laissant intact le pouvoir du capital sur l’argent des banques et des entreprises. C’est donc l’extrême-droite qui s’apprête à profiter de la crise politique, avec l’assentiment chaque jour plus apparent d’une partie croissante de la classe dirigeante.

Pour résister, et pour commencer à travailler à la perspective de nouveaux « jours heureux », une campagne communiste, porteuse d’un projet pour l’Europe, pour la France, pour le monde, est donc indispensable. C’est indispensable pour le pays, et plus particulièrement pour la gauche, pour lui permettre de dépasser ses faiblesses et ses conservatismes ; pour lui permettre de fonder ainsi son unité sur une base solide, porteuse d’une perspective crédible pour des millions de nos concitoyens.

La campagne européenne est l’occasion idéale de mener ce débat. C’est un scrutin proportionnel, où tous les partis peuvent obtenir une représentation conforme à leur influence, dans lequel les électeurs se déterminent en fonction du projet de société exprimé par chaque liste, beaucoup plus que sur la personnalité des candidats ou les tactiques de « vote utile ». C’est pourquoi les partis fortement identifiés, à tort ou à raison, à un projet de société, comme les Verts ou le Front national, sont ceux qui y obtiennent habituellement de bons scores.

Nous avons un projet de société, nous en avons réaffirmé l’ambition et le contenu à notre récent congrès. Ce projet de société est aussi un projet européen : le chapitre II du document adopté à Marseille (pages 23 et 24 de la version éditée en brochure) en détaille les différents aspects.

Être réaliste, c’est en effet avoir conscience que réussir une alternative politique en France exige de travailler, conjointement, à des alliances en Europe (dans le mouvement syndical, les mouvement écologistes, les forces de gauche) pour créer dans l’Union européenne d’autres conditions politiques que celles qui prévalent aujourd’hui. On ne changera pas le monde sans changer l’Europe !

C’est pourquoi l’originalité de notre projet réside en ce qu’il ne s’en tient pas à dénoncer la construction européenne que nous connaissons depuis quatre-vingts ans. Il propose une voie pour imposer effectivement une tout autre construction.

Non pas baisser les bras en attendant on ne sait quel changement préalable des traités, mais conquérir, à partir des luttes sociales et des mobilisations politiques, une souveraineté populaire, démocratique, décentralisée sur les choix politiques et économiques, donc sur l’utilisation de l’argent.

Toute victoire, même modeste – dans le développement des services publics, dans la revitalisation économique et écologique de nos territoires – sera un point d’appui pour exiger les financements nécessaires auprès des banques et auprès de la BCE. Ce peut être une affaire de quelques millions d’euros pour sauver la capacité du pays à produire des billets de banque, comme une affaire de dizaines de milliards pour transférer sur le rail le fret qui use nos routes et empoisonne notre atmosphère. Ce seront autant de points d’appui pour élargir toutes les brèches déjà ouvertes, par les gouvernements et la Commission eux-mêmes, dans le Pacte d’austérité budgétaire et dans les dogmes monétaristes de Francfort, jusqu’à ce que l’adoption de nouveaux traités de coopération instaurant de nouvelles règles devienne une exigence reconnue, largement majoritaire, incontestable.

Faire de la campagne européenne un moment de lutte pour faire entrer dans la vie ce projet, sa logique, sa dynamique face aux régressions nationalistes ou face au sentiment d’impuissance déguisé derrière des rodomontades « souverainistes » : c’est vital pour l’Europe, pour la gauche, pour le PCF lui-même. Car c’est autour du projet communiste que les militants du parti se sont rassemblés au 39ème comme au 38ème congrès, en adoptant ce projet et la stratégie qu’il comporte à des majorités de plus de 80 %. À l’inverse, c’est lorsque nous hésitons à mettre pleinement en pratique ces orientations – par exemple dans la séance du congrès de Marseille où fut discutée l’urgence d’une entrée en campagne européenne – que les votes se partagent et que des risques de division apparaissent. Or, l’extrême difficulté de la situation politique, la menace croissante de l’extrême-droite, la faiblesse même de l’influence du PCF malgré la nouvelle visibilité que lui a donnée Fabien Roussel, tout cela nous interdit l’hésitation.

Ce serait une erreur mortelle de croire qu’on pourrait, une fois de plus, esquiver l’échéance européenne par une campagne d’image, en croyant rassurer, en interne, par des textes bien sentis mais peu suivis d’effets, et, en en externe, par des discours dépourvus de ce qui fait la force de notre projet, et fait donc notre légitimité à nous présenter devant les électeurs.

Les talents ne manquent pas, au sein du PCF et dans les milieux qui, dans la société française, peuvent partager une vision de l’Europe proche de la nôtre, pour mener cette campagne jusqu’à l’élection de députés au Parlement européen.

C’est donc à définir le meilleur dispositif pour porter notre projet que nous devons travailler dans l’immédiat. Sous cet angle, j’ai la conviction que la candidature formellement déposée par Frédéric Boccara pour conduire une liste de rassemblement doit faire partie du débat démocratique que nous avons besoin d’avoir.

8 comments on “Pour l’Europe, pour la gauche, pour le PCF,une exigence vitale : mettre en avant notre projet de société

  1. PIERRE ASSANTE

    SUPER! Merci.

    • Merci à tous oui à une candidature communistes aux européennes Bravo

  2. Hervé RADUREAU

    Comme très souvent, une publication claire et intéressante de la part de Denis qui ne parle pas la langue de bois et nous propose donc un projet vraiment motivant : je le rejoins dans son idée globale quand je pense que le mouvement social récent contre la nouvelle et nième réforme régressive de notre système de retraite a pâti de sa base ultra-simplifiée et de sa nature purement défensive dûe à la montée de l’individualisme dans nos sociétés.

    Je me permets néanmoins 2 critiques:

    1. un petit manque de rigueur en parlant de l’Europe au lieu d’Union Européenne et même de la seule BCE qui ne couvre que les pays de l’UE (zone Euro) qui ont accepté la monnaie unique qu’est l’Euro,

    2. j’ai des craintes quant à la tête de liste qui serait votée en faveur de Frédéric car malheureusement ce dernier n’a justement pas la clarté d’un Denis et aussi parce que nous ne nous appuyons pas sur la probante campagne menée en 2019 par Ian plus jeune, certes justement avec des erreurs sur ce dont parle Denis qu’il faudrait corriger (si Ian le souhaite lui-même!)

    Je reste sceptique aussi si les leçons du mouvement social récent ne sont pas tirées avec franchise déjà par toutes les organisations concernées quelles sont syndicales, politiques et associatives et si n’est pas clarifiée la situation de ccoalition électorale nommée NUPES qui n’a quasiment pas de réalité sur le terrain, sauf à entendre tout un tas de confusions, y compris entre militants.

  3. Fredon René

    Je partage le texte de Denis, clair et fondamental, que la direction du parti et de L’Huma devraient diffuser aux adhérents et aux lecteurs car le sujet est aride dans un contexte de flottement à gauche et d’agitation à droite, le parti communiste n’intéresse pas les plateaux médiatiques, comme d’habitude. Restent les militants pour montrer que la vision et la visée du PCF valent le coup de s’en emparer à tous les niveaux, à un moment charnière dans le monde. Dans quelle direction voulons-nous que l’Europe évolue ? Impensable que nous nous effacions après l’apport de Denis, dans le prolongement et l’esprit du 39è Congrès.
    René Fredon Var

  4. FOREST Pierrette

    Bravo tout à fait d’accord avec ce texte oui nous devons mener la campagne des élections européennes avec le PCF comme l’a dit notre congrès nous devons surtout pas nous effacer
    P FOREST

  5. Oui à une candidature communistes aux européennes
    Bravo et merci pour cette analyse

  6. Oui à une candidature communistes aux européennes Bravo

  7. Besse Daniel

    Ne pas s’effacer . Mettre en avant nos décisions des 38ème et 39ème Congrès . Dans la ” Critique du Programme de Gotha ” K. Marx ne s’effaçait pas .

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