39ème congrès

Faire l’unité autour du projet communiste

La proposition de base commune votée à une large majorité au conseil national du 3 décembre s’inscrit dans l’effort engagé par les communistes au 38ème congrès pour sortir de l’effacement en affirmant le projet d’un communisme du XXIe siècle.

La proposition de base commune votée à une large majorité au conseil national du 3 décembre s’inscrit dans l’effort engagé par les communistes au 38ème congrès pour sortir de l’effacement en affirmant le projet d’un communisme du XXIe siècle.

Reprenant les termes adoptés à une majorité de 80 % dans le document du 38ème congrès, elle s’attache à définir le projet communiste, à la fois but de notre combat, et chemin pour y parvenir. Le but, c’est une société sans classes, une société de partage des richesses, des pouvoirs, des informations, des rôles, où « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Le chemin, c’est un processus durable d’affrontement avec le capital pour abolir le capitalisme jusqu’à son dépassement et pour en faire autant avec les délégations de pouvoir constitutives du libéralisme bourgeois. L’aboutissement de ce processus est une nouvelle civilisation, c’est-à-dire à la fois une transformation radicale du système économique et, conjointement, une nouvelle liberté dans tout ce qui, dans notre vie, relève d’autre chose que l’économie : les relations entre genres, sexes et générations, la vie au travail et le sens qu’on lui donne, la vie politique, la vie intellectuelle et psychique – bref, une transformation de ce que la base commune, s’inspirant de Paul Boccara, propose d’appeler le système anthroponomique. Cette transformation est inséparable d’une révolution des relations que ces systèmes entretiennent entre eux et avec le système écologique.

Pour chacun de ces systèmes – système écologique, système économique, système anthroponomique – la base commune propose des voies concrètes de transition entre le capitalisme en crise d’aujourd’hui, et le but du communisme. En particulier, à la charnière de l’économie et de l’anthroponomie, elle donne une place importante au processus de construction d’une sécurité d’emploi ou de formation par lequel les femmes et les hommes se rendent capables de s’émanciper du salariat capitaliste et de changer radicalement le sens du travail, jusqu’à le dépasser comme activité contrainte.

Il y a là une conception opérationnelle de ce que l’on peut appeler un processus de transition socialiste entre le monde capitaliste en crise d’aujourd’hui et la nouvelle civilisation communiste. Elle fonde l’affirmation du projet communiste comme réponse aux exigences immédiates nées des différentes crises qui se conjuguent dans le monde contemporain, et dont la base commune propose une analyse, en particulier en ce qui concerne les développements de la crise du capitalisme monopoliste d’État et les contradictions de la mondialisation financière qui exacerbent le soutien de l’État au capital. 

Ainsi, sans établir de hiérarchie entre les luttes sociales et « sociétales », et bien loin de les opposer entre elles, le projet communiste consiste à les articuler. Par exemple, la conquête effective par les travailleurs du pouvoir économique ne saurait se concevoir sans son aspect anthroponomique : le dépassement de la délégation de pouvoir à un « patron », y compris si ce patron agit au nom de l’intérêt collectif.

C’est aussi sous cet angle qu’il faut lire la base commune lorsqu’elle souligne l’action indispensable du Parti communiste, dans les luttes, dans les batailles d’idées et dans les institutions, pour rassembler le salariat et tous les dominés, et pour proposer, aux forces éparses qui protestent contre l’ordre existant à partir de visions du monde très diverses, la cohérence d’un projet révolutionnaire où elles peuvent trouver de la force pour l’emporter sur la puissance du capital. C’est cette cohérence qui inspire le PCF dans sa stratégie de rassemblement. La base commune appelle toutes les forces de gauche et écologistes à travailler à rassembler une majorité populaire autour d’une alternative de transformation sociale et écologique, en partant d’une analyse lucide de leurs faiblesses, telles que les à révélées le dernier cycle électoral.

C’est enfin cette cohérence qui nourrit les propositions de la base commune en ce qui concerne le renforcement du PCF, en particulier sa présence organisée dans les entreprises, lieu stratégique d’affrontement avec le capital sur ce qui fait le cœur de sa domination sur la société : le pouvoir de décider de l’utilisation de l’argent.

Le texte laisse ouvertes des questions sujettes à débat. Comment surmonter les obstacles rencontrés depuis trois ans dans la pleine mise en œuvre des orientations décidées au 38ème congrès ? En quoi la crise actuelle est-elle différente de celle de 2008-2009 ? Quels leviers saisir, dans la crise internationale et face à la course à la guerre mondiale où l’impérialisme américain nous entraîne après l’agression de Poutine contre l’Ukraine, pour faire le lien avec les batailles sociales et sociétales de notre peuple ? Quelle place de l’entreprise dans ces batailles ? Comment dépasser les illusions sur les capacités d’un « État fort » à corriger les ravages de la domination du capital ? Quel doit être notre positionnement sur les suites de l’accord électoral NUPES, dans notre bataille pour rassembler la gauche contre le danger fasciste et pour une alternative réussie à la politique de Macron, s’attaquant aux causes de la crise économique, écologique, politique, morale du capitalisme financiarisé et mondialisé ? Quelles dispositions prendre sans attendre pour la réussite d’une liste de rassemblement présentée par le PCF aux élections européennes de l’année prochaine ?

Ce sont là quelques-unes des questions qui pourront, d’ici au mois d’avril, susciter des débats, des amendements, des améliorations au texte : en cela, celui-ci doit bien être conçu comme une base commune de discussion, permettant à tous les communistes de s’approprier la préparation du congrès de façon ouverte et rassemblée.

Récusant ce champ ouvert de discussion, plusieurs des dirigeants qui se sont succédé à la tête du PCF dans la période qui a précédé le 38ème congrès ont décidé de ne pas participer à l’élaboration du projet de base commune, ni à son amélioration. À la lecture du texte alternatif qu’ils lui opposent, force est de reconnaître qu’ils ont à cela des raisons sérieuses.

Ce texte fait un usage abondant du mot « communisme » mais sans jamais dire en quoi le communisme doit consister. Tout au plus est convoquée la référence célèbre au « mouvement réel qui abolit l’état de choses existant ». Mais ce n’est pas pour insister, comme le faisaient les auteurs du Manifeste communiste, sur le caractère concret des luttes où s’affrontent durablement deux logiques – celle du capital et celle qui vise à l’abolir jusqu’à le remplacer par une civilisation émancipée des fléaux du capitalisme et du libéralisme. Ce n’est pas non plus pour mettre en évidence le besoin de révolution que font monter les mutations de la civilisation contemporaine (révolution technologique informationnelle, révolution monétaire, révolution écologique…).  C’est pour suggérer que du communisme est « déjà là », de deux façons. Il serait, d’une part, dans les institutions imposées il y a trois quarts de siècle par la poussée révolutionnaire de la Libération, qui ont ensuite permis l’essor du capitalisme monopoliste d’État (Sécurité sociale, statut de la fonction publique, nationalisations, planification…). Il serait, d’autre part, dans les intentions des « forces considérables (qui) aspirent à dépasser le système capitaliste mondialisé actuel ». Ces forces ont un caractère complexe et souvent contradictoire mais les signataires les créditent, sans autre examen, d’aspirer, telles quelles, au communisme. On aimerait qu’ils aient raison : si 99 % de l’humanité veut le communisme, nous pourrions nous contenter d’accompagner cette majorité silencieuse par une action parlementaire pour la traduire en politiques gouvernementales. Pas besoin d’un parti révolutionnaire organisé, confrontant ses idées avec celles des autres forces présentes dans la bataille politique, et menant une bataille contre le capital dans les entreprises et dans tous les lieux où il exerce son pouvoir sur l’utilisation de l’argent. Malheureusement, toute l’expérience des dernières décennies a démontré qu’ils n’ont pas raison.

Si on cherche dans ce « texte alternatif » les éléments d’un  projet de société, on trouvera de vieilles recettes étatistes laissant intact le pouvoir du capital sur toute la société à travers son pouvoir sur l’utilisation de l’argent : « planification écologique » (comme si l’économie contemporaine n’était pas déjà planifiée par les multinationales, avec, à leur service et à celui du capital, toute la puissance des États et des banques centrales), « redistribution du pouvoir » dans les entreprises et les services publics où les représentants des salariés seraient admis à une sorte de cogestion avec les « financeurs » ! Bref, l’illusion traditionnelle d’un capitalisme corrigé par l’action de l’État. Il n’est pas jusqu’à l’idée baroque d’imposer à tous un « salaire à vie » (au moment où le peuple français se lève pour la retraite à 60 ans !) qui ne traduise une vision idéalisée du capitalisme monopoliste d’État avant son entrée en crise : si le communisme est « déjà là », à quoi bon lutter pour abolir le salariat jusqu’à le dépasser et, avec lui, le capitalisme et le libéralisme ?

Les auteurs refusent de voir que cette hégémonie des idées étatistes et réformistes, favorisée par l’effacement idéologique du PCF, a conduit la gauche à connaître échec sur échec depuis cinquante ans, laissant le champ libre à l’extrême-droite pour étendre son emprise sur les esprits.

Il ne leur reste plus, alors, qu’à s’effrayer, non sans raisons, de l’imminence des périls écologiques et de la montée du fascisme en France comme ailleurs en Europe et dans le monde. Faute de s’attaquer aux racines de ces périls – la logique capitaliste et sa crise – le seul refuge serait alors l’intégration du PCF dans une formation de gauche structurée sur le modèle voulu par Jean-Luc Mélenchon à l’issue de son succès au premier tour de l’élection présidentielle.

Au fond, ce « texte alternatif » fait l’impasse sur le projet communiste, tel qu’il motive l’adhésion au PCF de la très grande majorité de ses militantes et de ses militants depuis 1920, et c’est pourquoi il ne peut pas remplir ce qui devrait être la fonction d’une base commune de discussion : rassembler les communistes.

Au contraire, c’est, à mon avis, autour de ce projet, à la fois but final et mouvement pour l’atteindre, que les communistes peuvent faire leur unité, dans le débat du congrès, dans l’amélioration de la base commune, et dans une mise en œuvre audacieuse et créative des orientations qui auront ainsi été collectivement élaborées. Une adoption à une très large majorité du projet de base commune proposé par le conseil national en sera la première étape.

4 comments on “Faire l’unité autour du projet communiste

  1. le présent texte me correspond par ailleurs je souhaite que l’on cible les actionnaires pour appeler les salarié(e)s des entreprises à souhaiter leur sortie de ces entreprises en leur ponctionnant une bonne partie de leur profit , en souhaitant aussi que tous ceux qui produisent les richesses de ces entreprises prennent la place des actionnaires. Je souhaite aussi qu’ à la direction collective du Parti les camarades ayant connu l’exploitation capitalisme soient préféré(e)s. On est au Parti pour le servir et non pour s’en servir !

    • JEAN SIRVEN

      Appelons « leurs profits » , l’argent qu’ils nous ont volé « légalement » et que nous devons reprendre pour alimenter nos caisses publiques avec l’objectif d’une sécu à 100%, une éducation, un apprentissage totalement indépendante du MEDEF avec une REVENU ETUDIANT, des salaires et des pensions à 2000 euros nets, des semaines travaillées à 32 heures sans perte de salaire, des loyers limités à 7% du revenu ….

  2. Alphand Veronique

    Le communisme n’a pas à (ne peux) être décrit, sinon comme une société sans classe, distributive solidaire, émencipatrice de l’individu, mettant fin à l’exploitation de la majorité par quelques uns. Il sera ce que les humains de cette époque en feront. Il me paraît donc difficile et un peu prétentieux de qualifier un quelconque système de « communisme déjà là » même si on peut y voir un moyen de montrer que le communisme ne doit pas faire peur. Le « communisme washing » ne doit pas dissimuler ou amoindrir les failles calamiteuses du capitalisme. Notre plus grande force sera notre honnêteté intellectuelle.

  3. Besse Daniel

    Au Conseil national il faut plus d’ouvriers , de techniciens , d’ingénieurs . Il faut que toutes les couches de salariés – ées soit représentées . De plus sur nos affiches , PCF est écrit de plus en plus petit . Bientôt il faudra une loupe pour voir notre logo .

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