39ème congrès

Jean Louis Cailloux : Regard critique sur le texte de Pierre Laurent et Elsa Faucillon « Urgence de communisme »

La proposition de base commune a été adoptée au Conseil National par 60,4 % des exprimés. Il reste à faire connaître ce texte à tous les adhérant.es.

La proposition de base commune a été adoptée au Conseil National par 60,4 % des exprimés. Il reste à faire connaître ce texte à tous les adhérent.es.

Mais déjà comme le permet les statuts, des camarades s’apprêtent à déposer un texte alternatif (il y en aura peut-être un autre ?).

L’ancien secrétaire national, Pierre Laurent fait partie des signataires de ce texte.
Président actuel du CN, il s’oppose donc frontalement à l’organisme qu’il préside et de fait, à Fabien Roussel.

Également signataires, les partisan.nes d’Elsa Faucillon porte-parole du texte alternatif « le printemps du communisme » lors du 38ᵉ congrès, texte qui avait recueilli 12 % des voix des communistes. Ils rejoignent ainsi ceux auxquels ils s’opposaient au 38e congrès : Pierre Laurent, P. Hyaric, F. Wurtz, Marie Georges Buffet… Sont également signataires des élus qui avaient fait allégeance à la candidature de Mélenchon lors de la présidentielle.

Notons que 45 % des premiers signataires de ce texte sont des camarades de la région parisienne, pour beaucoup des élus et responsables fédéraux., Sur les 500 signataires affichés cette proportion monte à plus de 51%, C’est dire la continuité d’un certain point de vue idéologique puisque qu’en Île-de-France, des camarades en charge des élections ont construit une liste PCF/LFI aux élections régionales avec une tête de liste LFI, liste qui a permis à LFI d’obtenir 10 élus contre 0 précédemment tandis que les élus communistes passaient de 8 à 7.
Pas surprenant si nous prenons en compte la présence parmi les signataires du maire de Gennevilliers Patrice Leclerc, qui dans un article publié par « Médiapart » le 30 décembre 2020 intitulé Face au risque d’effacement, le PCF de 2020 cherche encore sa boussole celui-ci dit : « Pour rester fidèles au communisme, les cocos devraient avoir le courage de se dissoudre ». Une opinion très minoritaire dans notre parti, tel que l’avaient montré les débats du 38e congrès, mais il persiste.
Ajoutons que les initiateurs de ce texte s’étaient déjà unis dans l’opposition en refusant, avant même l’écriture de la base commune adoptée par le CN, de s’investir dans la commission de rédaction du texte alors que certains signataires en avaient été élus membres.

D’une manière générale ce texte est un mixage du texte porté par Pierre Laurent et du texte du printemps lors 38ᵉ Congrès et a donc, pour fil conducteur une volonté retour aux pratiques des décennies antérieures qui ont entraîné l’effacement du parti.
Si l’on devait résumer ce texte en peu de mots, c’est un texte qui caresse généreusement les communistes dans le sens du poil : il est beaucoup question de communisme, de dépassement du capitalisme, de mouvements unitaires, de dénonciations de ce qui va mal mais aucun chantier d’actions n’est proposé concrètement. La solution ce serait la Nupes pour la conquête du pouvoir électoral, la Nupes dont le programme accepté par le PS, EELV et FI est qualifié de « programme de rupture » ! Ce qui de facto, rend inutile toute initiative communiste et s’oppose à une candidature pour l’élection présidentielle. Lorsque l’on sait les immenses limites de ce programme de la Nupes sur les moyens financiers à mobiliser et les pouvoirs nouveaux à instaurer pour engager un changement de société, c’est pour le moins tromper son monde.

Son fil directeur, c’est de placer les adhérents sous la pression d’une double urgence :
— la crise climatique,
— la menace d’une prise de pouvoir de l’extrême-droite.

Ces deux urgences, dont la riposte aux actes de destruction sociale de Macron est absente, exigeraient la mise au rancart de notre travail idéologique et politique au profit de démarches strictement électoralistes dans le cadre de la NUPES devenues l’alpha et oméga de la démarche politique de ces camarades.
Bien sûr, ce n’est pas dit directement comme cela, et on trouvera sous la plume de ces camarades toujours, et même répétés à l’envie, quelques lignes sur l’urgence du communisme et l’apport indispensable du Parti. Mais derrière les mots qui flattent la sensibilité des communistes, il faut voir l’essentiel de la démarche proposée. Et comment ne pas voir aussi que les signataires, sont ceux-là même qui ont systématiquement dilué le PCF en effaçant les positions de classe ces dernières décennies, liquidé les écoles de formations du Parti ?

S’ajoute à cela que ce texte :
— pointe dans une sorte de procès la période écoulée depuis le 38ᵉ Congrès et
s’attaque à l’efficacité de la candidature communiste à l’élection présidentielle, tout en étant très peu prolixe ni critique sur la période où Robert Hue, Marie Georges Buffet puis Pierre Laurent dirigeaient le Parti, c’est-à-dire du Congrès de Martigues en 2000 au 38e congrès en 2018.
— À plus d’habileté à cacher le retour au passé liquidateur que les textes alternatifs antérieurs émanant du « Printemps ». Il prend en compte des idées et formulations de la Base Commune pour mieux les tirer de façon quasi subliminale vers des thèses de Bernard Friot. Ainsi de la notion de salaire « garanti tout au long de sa vie », qui ramène tout au seul travail et à sa rémunération : cela évince par exemple le financement de la retraite et donc la bataille pour étendre les cotisations sociales ― car la pension de retraite, justifiée par un travail passé, n’est pas un salaire mais un revenu issu des cotisations sociales de celles et ceux qui travaillent ― cela évince aussi l’immense enjeu des batailles pour la formation et les allocations de formation des travailleurs ou des étudiants, dont on voit pourtant à quel point la crise de notre industrie ou de notre système de santé marque le manque de personnels qualifiés.

Ainsi encore du « communisme déjà là » qui entraîneraient le PCF et les communistes à ne pas mener de bataille idéologique et laisser le champ libre au capital.
Le « communisme déjà là » correspond en fait à une vision voisine « du royaume de dieu déjà parmi vous » de l’évangile de Saint-Luc signalé récemment par l’Humanité Magazine.
Ce texte porte une vision politique qui est bien définie dans sa conclusion, portant en elle un effacement entier du PCF et de ses idées, empêchant toute possibilité de créer les conditions d’un dépassement du système capitaliste pourtant contradictoirement cité plusieurs fois.

Rôle de la BCE ? Connait pas ! Forte critique d’une ligne considérant les luttes sociales comme indispensables pour changer la société et, à l’opposé, insistance mise sur les luttes sociétales déconnectées de l’affrontement Capital/Travail, alors que l’articulation social/sociétal est un enjeu déterminant de la période.
Pour éluder la question de la transition politique la notion de socialisme est évoquée pour la résumer aux échecs et au stalinisme.

Création d’Emplois, connaît pas ! La Formation liée à l’emploi, connaît pas ! La Sécurité- Emploi-Formation, connaît pas ! Les pouvoirs nouveaux et des critères de gestion, connaît pas ! Bien sûr, les pouvoirs sont cités (« Des pouvoirs de gestion doivent être assurés par des représentants des salarié.es, des financements, des collectivités publiques et les filières concernées »), mais comme pour le communisme ou le dépassement du capitalisme, la question des pouvoirs est évoquée à la Prévert. Quels pouvoirs? Quel niveau de pouvoir ? quelle place face aux financeurs, aux filières ? Ce qui est dit du travail est très embarrassé et confus. Pour sauter par-dessus, sur beaucoup de points il est fait état de discussions non closes.

Par contre en matière économique et social les tenants de ce texte ont des intentions plus précises mais masquées, comme le montre encore l’exemple, à nouveau, de Patrice Leclerc. Dans un texte publié en juillet 2022, à propos de l’utilité communiste devant l’enjeu climatique, il écrit « sur la lutte contre le productivisme, pour changer les rapports de productions, contre le capitalisme du désir consumériste pour développer une frugalité heureuse. »

Côté organisation du parti, aucune ambition de développement des cellules et des
réseaux d’entreprises et de quartiers, abord très flou des questions de formations.

La présence des liquidateurs des cahiers du communisme et des écoles de formation du PCF comme M.G. Buffet et Claude Gindin est remarquée.

Les questions du rassemblement sont abordées, mais sans aucun enjeu de contenu, avec comme seule perspective le développement de la Nupes dont les dérives ne sont même pas analysées.

Au niveau du fond, le fil conducteur c’est que l’heure n’est pas, selon les auteur.es, à une reconquête patiente de l’hégémonie dans la classe ouvrière, le salariat, et auprès des dominé.e.s, mais à la mise bout à bout de luttes dispersées avec l’espoir d’une avancée électorale pour la NUPES. Effectivement, tout part d’une prémisse : l’immense majorité de notre société serait déjà « spontanément » contre le capitalisme et quasiment en faveur du communisme, « déjà là », dans notre société. Cueillons donc le fruit déjà mûr ! Comme les « réformateurs » des années antérieures le disaient, le grand mérite du PCF serait de se mettre au service de tout ce qui n’est pas de lui. Le fond est supplanté par la forme « rassemblement ».

C’est une vision sociale-démocrate pure et dure, donc en résumé un vrai projet politique entrepris déjà au Congrès de Martigues….
C’est un texte qui sonne une contre-attaque rétrograde à la Base Commune. Nous
devons et pouvons réagir devant la déstabilisation du parti qui est recherchée.
On voit bien que ce texte est pris dans une contradiction : il veut apparaître comme la légitimité, mais il est soutenu par un agglomérat de deux groupes naguère opposés, soucieux avant tout de se compter dans une revanche du 38ᵉ congrès.
Pour les années passées depuis l’adoption du Manifeste, le compromis de fait avec
Pierre Laurent a freiné ou bloqué nombre d’initiatives et de débat politique qui auraient permis de réunir celles et ceux qui ont fait le changement au sein du CEN et du CN.

Il faut donc analyser le texte passéiste et répliquer en allant sur le fond .

  • La Sécurité-Emploi-Formation contre les notions de salaire à vie et/doublé d’un retour à une vision d’économie centralement administrée.
  • Conquêtes de pouvoirs décentralisés, conquêtes de pouvoirs dans les entreprises permettant d’intervenir réellement dans les choix stratégiques au plus près des lieux de création de valeur ajoutée pour une utilisation de l’argent des profits et du crédit pour les femmes et les hommes, pour produire autrement face à l’illusion d’une transformation sociale par décrets.
  • Contrôle public et social citoyen des leviers de l’utilisation de l’argent des banques et des profits ou illusion du financement des besoins par le seul impôt, etc., illusion dont on a vu à quel point elle handicape la gauche jusque dans le moment électoral des législatives.
  • aider à la convergence des luttes et à leur politisation, au lieu de s’en tenir à
    commenter leur remontée.
    Notre problème, c’est de construire rapidement cette riposte.
    Pour cela, il nous faut agir pour obtenir un rapport de force important (plus important que les 42/38 du 38ème congrès), et le faire non pas dans une posture de défense autour du secrétaire national, mais sur le fond, sachant que tout n’a pas été mis en œuvre pour mettre en pratique les choix du 38 ème congrès. D’ailleurs le texte adopté par 87 % des congressistes n’a pas été l’objet d’une publication en brochure du Parti. Obtenir un rapport de force plus important permettra de développer effectivement un parti en
    situation d’avancer pour l’initiative communiste et l’originalité communiste, pour élever le niveau de notre intervention au service d’un apport à toute notre société.
  • Sera aussi à discuter le rôle de l’Humanité qui présente le texte avec beaucoup de complaisance, pour ne pas dire avec la volonté de lui donner un bon coup de pouce dans la recherche des signatures nécessaire à son existence (pour l’instant, au regard de nos statuts, ce texte alternatif n’a aucune existence, celle-ci étant subordonnée aux signatures nécessaires validées par la commission transparence). On apprend néanmoins qu’il est soutenu par Pierre Laurent, Marie Georges Buffet, Bernard Vasseur (dont peu de
    communistes se souviennent qu’il fut secrétaire de Robert Hue, puis Chargé de mission auprès du ministre JC Gayssot et qu’il a soutenu les ouvertures de capital-privatisations de L. Jospin), Elsa Faucillon et Stéphane Peu sans echos à leur soutient à Mélenchon.

6 comments on “Jean Louis Cailloux : Regard critique sur le texte de Pierre Laurent et Elsa Faucillon « Urgence de communisme »

  1. Stépahne Bailanger

    Une fois passée la trêve des confiseurs, il faudra clairement faire campagne pour le projet de base commune du CN et travailler à son amélioration par des amendements. Personne n’est dupe que cette liste alternative des Printaniers et Laurentistes associés (pourtant dissociés en 2018) est une liste composée de ceux qui ont freiné la mise en application des décisions du 38e congrès, qui ont soutenu Fabien Roussel avec peu d’entrain voire ont fait campagne directement ou indirectement pour Mélenchon. Ce qui est amusant – et il faudra aussi le leur dire – c’est que nombreux avaient été, parmi ceux qui défendent aujourd’hui cette liste alternative qui lors du 38e, critique sur le recours à une « liste alternative » pour les défenseurs du Manifeste. C’est pourtant ce qu’ils font aujourd’hui. Cette liste est très vague au niveau du contenu, elle fait mine d’innover sans rien innover sur le fond : elle reprend les thèses du « communisme déjà là » et sans le dire prône un réformisme mouvementiste. En fait, ce texte et cette liste masquent mal une volonté de revanche de la part de celles et ceux qui n’ont pas voulu du changement proposé au 38e congrès. Cependant, c’est sur les arguments et point par point qu’il faudra critiquer l’entreprise en mettant en avant ses failles et en lui opposant les apports du dernier congrès et la popularité de Fabien Roussel, à un niveau que nous n’avions pas connu depuis longtemps. Vasseur, qui n’a cessé de sillonner les routes pour préparer le terrain, prétend que « le communisme à de l’avenir si on le libère du passé » (titre d’un de ses ouvrages). Sauf que ce sont souvent des figures du passé qui portent cette tentative qui se veut « une alternative à Fabien Roussel » (titre d’une publication complice du magazine « Regards » où trois signataires se sont exprimées). L’avenir dans un retour au 30e congrès et à la « mutation » huiste ? Nous verrons si les camarades cautionnent cette régression. Ceux et celles qui ont porté le Manifeste en 2018, celles et ceux qui ont travaillé au programme « la France des jours heureux » doivent se rassembler autour de la base commune proposée par le CN et avec Fabien Roussel pour transformer l’essai au 39e congrès. Au travail camarades !

  2. Francois Taquet

    Il est clair que les opposants au dernIer congrès dont l’image de leur réussite politique et factuelle, peut être résumée dans celle de Gayssot qui nous fit perdre deux villes : Drancy et une commune du sud où il finit par se tirer une balle dans le pied, préfèrent le nouveau mitterand choisi et promupar les médias. Que dire de celles et ceux qui ont fait le jeu de nos adversaires résolus, comment en Île de France!?

  3. Martine Randriamanantena

    Je n’ai pas eu connaissance d’un texte portant « 500 » signatures . Peux-tu m’en donner la référence , stp?

  4. Skalski Jérôme

    C’est un commentaire très pertinent en général. Ceci dit, je ne partge pas l’unilatéralité de la critique économique. Il ne me semble pas pertinent d’opposer simplement terme à terme les propositions de la Commission économique et celles de Friot : il faut une position synthétique. Plus globalement, il faut un espace d e débat pas de confrontations pures et simples qu »‘il s’agit de faire émerger. les querelles économiques internes me semble souvent beaucoup trop byzantines en général.. Il faut sortir des positions « doctrinaires » sur la question économique : avoir un peu plus de souplesse théorique. Deuxièmeùent, je ne partage pas l’interprétation du « communisme déjà là » que tu donnes. Je comprends ce que tu veux dire et s’il=s’agit de cela, en effet, c’est limite. Le problème qui perdure c’est que la représentation du « capitalisme » comme une entité et une notion saturante du réel ne permet pas de saissir la dialecticité de la réalité sociale.. L’usage du terme « capitalisme » est « mystifiante » en général. Ceci dit ta critique a le mérite de mettre en exergue les insuffisances profondes du texte des « urgentistes » et d’en donner une vue synoptique correcte..

  5. Il y a eu une rupture sur la commune de Gennevilliers, je parle de celle des camarades Leclerc, Faucillon et autre le secrétaire fédéral 92…qui n’ont absolument pas tenu compte du choix des adhérents qui ont choisi un candidat communiste (Roussel) pour les présidentielles, Leclerc et Faucillon n’ont pas fait campagne pour lui, et il y a eu entrave (défaut de tracts, d’affiches, annulations de distribution le jour même, organisation d’événements à la section le même soir que des distributions…des camarades se retrouvant le bec dans l’eau, obligés de se procurer du matériel ailleurs qu’a la section, tenu par le secrétaire fed 92 qui a fait le minimum du minimum…
    Tout ça pour dire qu’au-delà du texte qu’ils soutiennent, leur vision de la démocratie interne est un problème. Je suis d’accord avec Jean-Louis, ils parlent beaucoup de communisme pour mieux l’effacer. L’argument de faire face à l’extrême droite est effectivement une arme qu’ils brandissent à qui mieux mieux devant tous les camarades qui ne les suivent pas et lors du choix d’un candidat ils n’évoquaient pas programme politique autre que faire face au RN (un débat en visio étant fabuleux, quasiment tous les élus PC de Gennevilliers disaient la même chose).
    Si c’est pour faire un front républicain autant voter Macron dès le premier tour…je trouvais ça lamentable, en plus d’être blessant, comme si des camarades pouvaient se réjouir du score de l’extrême droite.

  6. Besse Daniel

    Au Conseil National , combien y a t il de camarades travaillant dans des entreprises , dans la production : ouvriers , techniciens , ingénieurs , chercheurs ? Certains camarades ne voient les choses que électoralement , ils oublient les luttes immédiates .Il y a le risque de tomber dans la délégation de pouvoir , comme on l’a vu avec le programme commun et les autres rassemblements .

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