Contributions

Un 39e congrès pour un parti communiste utile au changement par Gisèle Cailloux

Tout démontre l’utilité pour le 39e congrès d’affirmer la nécessité d’un parti communiste autonome, développant des propositions fortes mettant en cause non seulement le pouvoir institutionnel mais aussi les pouvoirs de l’argent, du patronat et poussant à la mobilisation des salariés, (y compris en cas de victoire de la gauche, pour imposer dans l’entreprise ce que les législateurs décideront à l’Assemblée nationale).

Au 38e congrès, pour la première fois, les communistes ont choisi majoritairement un texte alternatif  qui s’opposait a celui de la direction conduite par Pierre Laurent : ce que proposait ce texte (https://enavantlemanifeste.fr rubrique en avant le manifeste ) était de mettre un terme à une longue période d’effacement du parti avec toute une série de propositions novatrices. Malgré un score décevant à la présidentiel marqué par une volonté de dégagisme prenant le pas sur les idées, notre parti est, à la veille du 39e congrès, de nouveau dans le paysage médiatique avec un secrétaire national apprécié, invité, très insuffisamment, mais invité des médias.

Etre visible est une première victoire mais il faut maintenant enraciner les contenus révolutionnaires.

L’objectif du 39e congrès doit-être de poursuivre la reconstruction d’un parti communiste novateur dont les propositions se popularisent , aidant ainsi les luttes à entrer dans une phase exigeante et convergente sur des mesures permettant des changements profonds et durables.

On ne dépassera pas le capitalisme sans en combattre les rouages.

– Par exemple, il ne s’agit pas seulement de taxer les super profits, de les distribuer autrement comme le portent nombre de luttes actuelles, mais d’une entrée en force de la démocratie sur et dans les entreprises, dans les services publics avec de réels pouvoirs pour les citoyens et les salariés et leurs organisations syndicales, pour décider de l’utilisation de l’argent, tant des profits que des banques, pour décider des politiques d’investissement, du type de production, des politiques d’emplois, des réponses aux besoins de formation, du bannissement de toutes discriminations…

– Les besoins d’emplois sont énormes et s’accompagnent de besoins de formation : dans les hôpitaux, manque criant de soignants, dans les écoles, dans la recherche, dans l’industrie, dans les transports, dans l’énergie….S’ajoutent les besoins de formateurs, le besoin de plus de temps libre, la retraite à 60 ans…

Cela représente des millions d’emplois qualifiés à créer pour satisfaire ce potentiel de travail.

Pour que le PCF redevienne véritablement un parti novateur, le 39e congrès doit nous aider à sortir de cette espèce de paralysie dans laquelle nous plonge cet objet appelé Nupes, issu d’un accord électoral, qui divise profondément les communistes, poussant les uns à un rejet total : on ne fait rien avec les autres partenaires de la Nupes alors qu’il y a un réel besoin d’union pour gagner, et poussant les autres communistes dans une nouvelle phase d’effacement : aucune activité autonome du parti.

Et pourtant, cet accord de la Nupes ne gomme pas les différences de programme entre le PCF, LFI, le PS, et EELV et le besoin d’union doit pousser au débat sur les contenus de cette union.

Il acte les points d’accord qui font et vont faire l’objet de batailles communes à l’Assemblée nationale mais liste aussi ceux, qui d’importances décisives, ne font pas consensus. Et il ne s’agit pas de détails. Outre les importantes questions sur l’énergie, il s’agit du chômage, du pouvoir économique avec la place de l’entreprise, de l’utilisation de l’argent, des droits des salariés…toutes questions liées à l’emploi et les salaires qui viennent en tête des préoccupations des gens bien au-delà de notre pays.

Sur l’emploi, on voit bien le grand écart qui existe entre les objectifs d’éradiquer le chômage porté par notre parti et celui du plein emploi de JL Mélenchon. Le plein emploi, c’est 5 % de chômage c’est-à-dire plus de 4 millions d’inscrits à Pôle Emploi. Olivier Véran porte-parole du gouvernement le traduit bien quand il affirme : « il manquerait un million d’emplois pour atteindre le plein emploi ! 

JL Mélenchon le reconnaît lui-même(melenchon2022.fr) : « Mais le plein emploi ne veut pas dire que toute forme de chômage disparaît. Les périodes de chômage continueront d’exister, entre deux contrats, pour les travailleurs et travailleuses en reconversion, pour les personnes qui rencontrent des difficultés sociales et professionnelles particulières. ». Une des solutions proposée par LFI : « Le gouvernement (le sien) propose donc une loi qui ajoute aux missions du service public de l’emploi de fournir un emploi utile à tout·e chômeur·se de longue durée, financé par l’État et cohérent avec ses qualifications, son parcours professionnel et ses souhaits. » JL Mélenchon annonce que la garantie d’emplois ainsi créée  « représente un coût de 18 milliards par an pour une prévision de 1,8 million d’emplois ainsi créés.» Soit 833 € brut mensuel, 75 h24 payé au SMIC ( à peine un mi-temps). Pas de quoi mettre en cause « le droit » du patron de réguler l’emploi en fonction du toujours plus de dividendes !

On retrouve cette acceptation du chômage, qui serait rendu fatal par la révolution informationnelle, dans les propositions tant de LFI, du PS, de EELV d’un « revenu universel » (ou sous un autre nom).

Il s’agit de ressources dissociées de l’emploi (contrairement aux allocations chômage alimentées par des cotisations sociales), et permettant de survivre en l’absence de celui-ci.

Ce revenu universel serait donc une redistribution à partir des richesses crées. C’est l’idée qu’une partie de plus en plus faible de la population travaillera pour assurer une subsistance à celle condamnée au chômage. Il s’agit d’une redistribution, d’un partage entre contribuables. Cela ne remet absolument pas en cause le capitalisme, les pouvoirs exorbitants des patrons et de la finance.

Tout autre est le projet du Parti communiste porté par son candidat Fabien Roussel et dont l’objectif est d’éradiquer le chômage (a déjà fait l’objet d’un projet de loi déposé en janvier 2017 par les députés communistes : https://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion4413.asp.)

Il s’agit d’aller vers une situation où chacun sera soit en emploi, soit en formation  rémunérée au moins au niveau du dernier emploi. Cette formation choisie doit permettre de mettre à jour ou d’acquérir des compétences nouvelles, d’accompagner des évolutions technologiques de son entreprise, une reconversion, ou même de changer, si on le désire, complètement de filière.

Elle serait rémunérée grâce à une nouvelle cotisation permettant d’en mutualiser le coût. Lors de cette formation, le contrat de travail serait suspendu pour couper tout lien de subordination avec l’employeur, un service public de l’emploi permettant le suivi pendant et après cette formation.

Il ne s’agit pas évidemment de supprimer les allocations chômage aujourd’hui comme l’ont suggéré malignement certains élus « de gauche » ! Il s’agit d’un projet de société qui rendrait inutile lors de son application l’existence d’allocations destinées à un chômage qui serait éradiqué !

Le projet de sécuriser l’emploi et la formation pour une nouvelle régulation dépassant le marché du travail ne serait pas cohérent sans aborder la question des pouvoirs dans et sur l’entreprise au profit des salariés et des citoyens. Ces pouvoirs conditionnent les possibilités de changement social et de transition écologique.

Chacun peut se reporter au développement fait sur cette question dans le programme des jours heureux porté par notre candidat Fabien Roussel (https://www.fabienroussel2022.fr/le_programme ).

JL Mélenchon est lui aussi cohérent avec lui-même : lui élu, il déclare qu’il réglera tout : « Moi président de la République, vous n’aurez plus besoin de faire grève. ». Donc son programme ne porte quasiment des avancées sur les droits nouveaux des salariés que pour l‘instant où il faut faire appel à l’ambulance pour sauver les emplois.

Eh bien, cette déclaration de JLM comme les autres éléments soulevés plus haut, démontrent pleinement l’utilité pour le 39e congrès d’affirmer la nécessité d’un parti communiste autonome, développant des propositions fortes mettant en cause non seulement le pouvoir institutionnel mais aussi les pouvoirs de l’argent, du patronat et poussant à la mobilisation des salariés, (y compris en cas de victoire de la gauche, pour imposer dans l’entreprise ce que les législateurs décideront à l’Assemblée nationale).

C’est dire la nécessité de l’intervention des salariés et des citoyens pour imposer ce changement. C’est dire la nécessité pour notre parti d’être utile dans l’évolution des idées pour que les exigences de changements deviennent majoritaires dans l’action.

1 comment on “Un 39e congrès pour un parti communiste utile au changement par Gisèle Cailloux

  1. Besse Daniel

    En vue du 39ème Congrès du PCF , lire ou relire dans Economie et Politique Nos 800-801 de 2021 , l’article de Paul Boccara :  » Théorie marxiste et voies autogestionnaires de la révolution en France « . ou bien lire la revue La Pensée de janvier 1986 .

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