Éditos

Souffler sur les braises de l’affrontement civil pour protéger Macron et le capital

Macron sur le terrain d'une expérimention d'un nouveau régime autoritaire, c’est dire combien, à l’élection présidentielle, le seul vote de résistance et pour une véritable alternative sera le vote pour Fabien Roussel.

Yves DIMICOLI

Il parlait vrai Macron lorsque, en pleine discussion parlementaire sur le passe vaccinal, il s’est mis à insulter les quelque 6 millions de Français non encore vaccinés contre la COVID-19. Relisons-le à tête reposée :

« En démocratie, le pire ennemi, c’est le mensonge et la bêtise. Nous mettons une pression sur les non vaccinés en limitant pour eux, autant que possible, l’accès aux activités de la vie sociale (..). C’est une toute petite minorité (..). On la réduit (..) en l’emmerdant encore d’avantage. (..) Les non vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire jusqu’au bout. C’est ça la stratégie ».

A défaut de stratégie sanitaire cohérente, diversifiée, décentralisée, efficace et, donc, potentiellement rassembleuse, l’hôte actuel de l’Elysée préfère la vulgarité, la stigmatisation et la menace d’interdiction de toute vie sociale pour ces 10 à 12% de français ( selon les estimations) qui, souvent, ne sont pas antivaccin.

Nombre d’entre eux habitent, en effet, dans des déserts médicaux, des ghettos de misère et de solitude, se retrouvant, de fait, interdits de vaccination. Nombre d’autres n’ont pas confiance dans les vaccins disponibles, craignent pour leur intégrité physique, voire psychique, et n’accordent plus aucun crédit à la parole publique qui instrumentalise celle des scientifiques. Reste une toute petite minorité d’antivaccin manipulée par des obscurantistes et/ou des fascisants.

Une « fatwa » contre les non vaccinés

Mais Macron ne s’est pas contenté d’insulter. Il n’a pas hésité à lancer une « fatwa » contre les personnes non vaccinées décrétées « irresponsables », pour finir par asséner : « Un irresponsable n’est plus un citoyen ».

Cette provocation avilissante, tant pour son auteur que pour ses victimes, a soulevé une tempête de protestations. Selon un sondage réalisé par YouGov pour Le HuffPost, 57% des sondés ont répondu « oui » à la question suivante : « Ces propos du Président vous choquent-ils ? ». Qui plus est, cet avis est partagé par 59% des sondés ayant reçu deux doses de vaccin, et 46% en ayant reçu trois. Autrement dit, les propos du Président, en vraie fausse campagne électorale, ont également heurté beaucoup de vaccinés.

Loin d’un simple dérapage du à l’immaturité supposée de l’intéressé, ces propos ont été réfléchis et calibrés, Macron affirmant les assumer.

Alors, s’agirait-il seulement d’une incartade pour faire le buzz et diviser la droite obligée de se démarquer tout en approuvant les choix présidentiels ?

En fait, les raisons de cet éclat pourraient être bien plus profondes. L’incident témoignerait d’une double volonté de l’hôte de l’Elysée et des capitalistes qu’il sert :

  • Tenter une grande diversion en faisant des non vaccinés les boucs émissaires d’une situation sanitaire, économique et sociale si dégradée qu’elle peut mettre en cause les choix politiques de l’Elysée au service du capital ;
  • Tenter de forcer le passage vers un régime plus autoritaire, plus liberticide plaçant la France sous état d’exception dés lors que s’y manifesteraient des résistances, des oppositions, des protestations face à des situations de crise et aux choix politiques visant à y tenir le cap de la maximisation des profits, « quoi qu’il en coûte ».

Diversions et divisions pour de nouveaux tours de vis

La crise sanitaire servirait ainsi de laboratoire d’idées, à l’approche de l’élection présidentielle, et de production d’outils institutionnels permettant, au-delà de cette élection, de surmonter les difficultés de gouvernance d’un pays qui n’en peut plus d’être en crises permanentes.

E. Macron veut faire oublier que la crise sanitaire révèle et exacerbe la crise systémique du capitalisme et l’échec des politiques successives conduites depuis trente ans pour y répondre, car toutes, tour à tour, au service de la domination des marchés financiers.

Il veut faire oublier la casse des services publics, notamment de santé (dont l’hôpital), d’éducation et de recherche, dont il a consciencieusement accéléré le délabrement depuis cinq ans. Il veut faire oublier l’énorme chômage, l’immense précarité des emplois, l’insuffisance scandaleuse des formations et des salaires, la souffrance au travail et les conditions de vie et de transport devenues insupportables pour des millions de salariés et retraités du public et du privé.

Tout cela serait la faute de la pandémie. Et si sa cinquième vague porte à des niveaux sans précédent la circulation de la COVD-19, ce serait à cause de ces pendards qui refusent le vaccin. Fermer la ban ! 

Le chef de l’Etat doit faire oublier qu’il a pleinement contribué, au cours des mois d’été et jusqu’au milieu de l’automne, à cette euphorie obscène autour de la reprise économique censée résulter des progrès de la vaccination, alors même que la conjoncture mondiale marquait déjà des hésitations. Tout juste de quoi justifier qu’aucune mesure exceptionnelle d’embauches, de formations, de salaires, d’équipements ne devaient être prises pendant la période estivale.

En fait, ce sont l’essor sans précédent des profits, les records successifs en bourse, l’envolée des prix de l’immobilier que l’hôte de l’Elysée invitait ainsi à applaudir en laissant entendre que l’on allait sortir du tunnel.

Cet épisode est déjà loin, avec le rebond impressionnant de la pandémie qui ne rend que plus mensongers et caricaturaux les vœux télévisés du 31 décembre au cours desquels l’élyséen a déroulé un interminable et indécent autosatisfecit.

Trois priorités chères au capital pour étouffer les désaccords

Mais la doctrine n’a pas changé : il faut tout faire pour garder le même cap, une fois la pandémie endiguée, tout va repartir en trombe, d’autant plus qu’un plan de relance pour l’accumulation de capital et des profits de 35 milliards d’euros a été décidé ! Et d’ailleurs, « La Science » n’a-t-elle pas découvert qu’Omicron, quoi que plus contagieux, serait cependant moins agressif que Delta, sans que l’on sache exactement ce qu’est son degré de dangerosité ?

Donc trois priorités doivent s’imposer dans l’immédiat sur le plan national :

1 – Ne jamais interrompre la chaîne des profits, mais au contraire la soutenir et, donc, laisser le virus circuler, y compris à l’école si démunie de capteurs de CO2 et d’aérateurs, tandis que l’hôpital public voit fondre ses effectifs accablés de fatigue. Et cela, tout en répétant, la main sur le cœur, qu’il faut se protéger…mais pourquoi se protéger si on laisse circuler le nouveau variant et qu’on ne cesse de le dire moins dangereux?

2 – Faire de la vaccination quasi-obligatoire, assortie de dures sanctions, privatives de libertés et de droits essentiels, la seule option en matière de stratégie sanitaire, ignorant donc la recommandation de l’OMS de « convaincre plutôt que contraindre », et n’incitant pas au développement de thérapies.

3 – S’acharner à faire de ceux qui s’y refusent les responsables des difficultés, au lieu de les démarcher, de les sécuriser, de les aider à accéder à la vaccination et de leur faire entendre raison, comme le propose Fabien Roussel.

« TINA » puissance deux (1)

Bref, la maxime de Macron c’est celle de Thatcher « Il n’y a pas d’alternative  » puissance deux : il n’y a pas d’alternative en matière de politique économique et sociale, il n’y a pas d’alternative en matière de politique celle sanitaire ! Et celles et ceux qui refusent ces choix se comportent en « ennemis de l’intérieur » !

Mais le résultat est parlant: quelque 300 000 contaminations journalières, le chaos à l’école, le stress décuplé des parents et des enfants, des difficultés abominables dans les transports collectifs, la contamination en nombre de gens disposant pourtant d’un schéma vaccinal complet, la capacité confirmée des vaccinés à transmettre le virus, de longues files d’attente pour se faire tester, la ruée vers le télétravail pour ceux qui le peuvent, mais sans cadre collectif protecteur, l’exposition permanente à Omicron pour ceux qui n’y ont pas droit, la mise en retrait du monde de millions de personnes … et par-dessus tout ça, un pass sanitaire devenu pass vaccinal permettant de mieux marginaliser socialement ceux qui hésitent encore devant le vaccin et d’encadrer toujours plus la liberté d’aller et de venir ou celle de disposer de son corps.

Or, on ne sait même pas combien de personnes auront eu, finalement, la COVID, alors qu’il ne faudrait cesser de tester, de suivre et d’observer.

Cerise sur le gâteau, après son lamentable échec sur le vaccin et sa poursuite forcenée de versements de dividendes et d’investissements ruineux aux Etats-Unis, Sanofi n’a toujours fait l’objet d’aucune injonction publique pour s’impliquer de façon conséquente et durable dans la mise au point de vaccins, de traitements et dans le soutien des PME françaises qui, comme Valneva, travaillent sur un produit vaccinal prometteur.

Et que dire du refus, par la France notamment, de partager les brevets et technologies avec les pays du Sud et de leur livrer gratuitement en masse, sans attendre, vaccins et traitements (oxygène, réactif…) ? Prétendre éradiquer la pandémie sans donner les moyens aux milliards d’êtres humains des pays pauvres de se vacciner et de guérir relève de l’affabulation, car c’est à partir d’eux que le virus va continuer de muter et la pandémie de prospérer autour du globe.

Un nouvel instrument de coercition

Malgré les mises en garde de la Défenseure des droits2, ce nouvel instrument de coercition a été adopté par le Parlement pour une mise en œuvre le 15 janvier, une date qui indique que son motif réel n’est pas l’urgence absolue.

Il revient, de fait, à rendre obligatoire la vaccination contre la COVID-19, sans cependant le déclarer formellement. Car la vaccination obligatoire contre ce virus n’est pas légale en France, sauf pour quelques professions.

Mais Macron fait de l’hypocrisie la principale vertu en matière de gouvernement. D’ailleurs ne laisse-t-il pas volontairement planer une confusion importante ?

En effet, les vaccins Pfizer et Moderna sont toujours en phase 3 d’essai clinique et pour de longs mois encore : jusqu’au 27 octobre 2022 pour Moderna et jusqu’au 2 mai 2023 pour Pfizer. Jusqu’à ces dates, il s’agit de « médicaments expérimentaux utilisés dans un essai clinique (…) quel que soit le nombre de vaccins administrés»3.

Or, la participation à un essai clinique ne peut se faire sans s’être assuré du consentement « libre et éclairé » des participants. Le droit européen, en particulier le règlement européen 536/2014 du Parlement et du Conseil adopté le 16 avril 2014, directement applicable en France, est sans ambigüité à ce sujet.

L’Agence européenne du médicament n’a, en conséquence, délivré qu’une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle. Et, par parenthèse, on ne comprend pas pourquoi cette autorisation n’a pas été accordée aussi aux vaccins cubains et chinois.

Or le ministre des solidarités et de la santé, O. Véran, a assuré, en conférence de presse le 3 juillet dernier, que « la phase 3 est terminée depuis des mois, elle est validée ».

C’est soit un mensonge, soit une erreur, même si on peut constater que les vaccins disponibles offrent une protection contre les cas sévères de COVID-19 dans l’immédiat, une quatrième phase étant nécessaire pour en évaluer les effets à long terme.

Mais la déclaration du ministre n’a fait l’objet d’aucun correctif officiel, ce qui a pu alimenter encore plus les hésitations et les doutes de celles et ceux qui refusent le vaccin par crainte de ses effets.

Il est clair que nous sommes assez loin ici du souci de « l’intérêt général », si souvent évoqué pour justifier les états d’exception et la diminution du périmètre des libertés populaires. En fait le moteur semble bien être, pour l’essentiel, l’intérêt des actionnaires de contrôle de grands groupes industriels et financiers et ceux des grands laboratoires pharmaceutiques, américains notamment.

Un terrain d’expérimentation pour un nouveau régime

Aussi il est loisible de se poser la question des objectifs visés par une telle stratégie concernant la gouvernance à plus long terme de notre société et de l’Europe.

De fait, Macron qui, à l’occasion de sa présidence du Conseil européen pour six mois, entend faire avancer la construction européenne vers plus de fédéralisme au service de la domination des marchés financiers, n’a cessé de mettre en avant le rôle de la BCE et de ses milliers de milliards d’euros injectés dans le système financier comme la planche de secours ultime contre la récession. Il n’a cessé de valoriser le rôle de la Commission européenne dans la lutte contre la pandémie et ses effets, avec son emprunt exceptionnel sur les marchés financiers et l’organisation d’une certaine solidarité pour l’accès aux vaccins.

Autant d’éléments ressassés à l’envie pour faire entrer dans les têtes qu’il n’y a pas d’alternative à l’Europe fédérale et qu’il faut en accepter les disciplines, les critères, les règles, le système de pouvoirs, contre toute maîtrise et délibération populaire nationale. Et cela, comme on le voit déjà si crûment, au risque de fragmentations, de dominations et de rivalités encore plus graves, au lieu d’une véritable union solidaire de nations souveraines et associées pour le progrès social et écologique, contre la mondialisation financière et les diktats du dollar.

Avec les trois priorités nationales énoncées ci-dessus, cela forme un faisceau de contraintes exigeant l’émergence d’un nouveau régime institutionnel et politique en France, comme dans les autres pays européens.

Il se caractériserait par une concentration très accrue de tous les pouvoirs, au sommet de l’Etat entre les mains du Président et au sommet des groupes entre celles des actionnaires dominants et de leurs mandataires. Il exigerait la mise sous injonction et surveillance permanentes des salariés et de toutes les populations pour qu’elles se plient aux choix dictés par les intérêts du capital dans toutes les circonstances et, principalement, en cas de crise ouverte. Elle requerrait une utilisation massive des médias et de tous les réseaux d’information pour une propagande favorisant la résignation et la peur, dénonçant et pourchassant les dissidents en les déclarant « ennemis de l’intérieur ». D’ailleurs, dans divers milieux patronaux ne s’interroge-t-on pas sur l’avantage économique que donnerait à un pays son absence de démocratie ?

C’est dire combien, à l’élection présidentielle, le seul vote de résistance et pour une véritable alternative sera le vote pour Fabien Roussel.

1There Is No Alternative”, la célèbre sentence de M. Thatcher.

2 « Ce projet de loi vient confirmer les craintes précédemment exprimées par la Défenseure des droits en accentuant encore un peu plus le rétrécissement progressif de nos libertés et en prévoyant une obligation vaccinale déguisée, sans que l’efficacité de ces nouvelles mesures censées freiner la propagation de l’épidémie ne soit clairement établie ». Avis du Défenseur des droits n° 22-01, 4 janvier 2022, p. 2.

33 Pourquoi l’obligation vaccinale est illégale malgré la décision du Conseil constitutionnel (www.village-justice.com), mise à jour 14/12/2021.

1 comment on “Souffler sur les braises de l’affrontement civil pour protéger Macron et le capital

  1. PIERRE ASSANTE

    Connaissant personnellement des citoyens non vaccinés et menacés au moins oralement et moralement de non citoyenneté, ce qui de plus EST IL ME SEMBLE anticonstitutionnel et politiquement inadmissible, je trouve ce texte magnifique pour s’adresser à eux et à tous. C’est une alerte nécessaire et un appel à agir avec responsabilité. BRAVO. A diffuser sans délai.

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