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Roland Weyl, notre camarade

En avant le Manifeste s'associe, avec émotion et respect, à l'hommage rendu par le secrétaire national du parti à notre camarade Roland Weyl.

En avant le Manifeste s’associe, avec émotion et respect, à l’hommage rendu par le secrétaire national du parti à notre camarade Roland Weyl. Oui, « notre parti perd l’une de ses grandes figures ». Notre réseau aussi. Roland n’a cessé en effet d’accompagner, en y participant, l’action de notre réseau, depuis sa création en 2003, en faveur d’une réorientation révolutionnaire du parti, jusqu’à l’initiative rassembleuse du « Manifeste », dont il fut l’un des premiers signataires, et qui fut à la base du tournant du 38eme Congrès. Roland était présent à nos rencontres, chaque fois que son activité débordante le lui permettait ; il donnait souvent son opinion, avec éloquence, avec conviction, avec finesse. Engagé dans les débats d’orientation de notre parti, il savait parler clair, sans macher ses mots. En témoigne, parmi bien d’autres, le texte que nous publions : il date des tout-débuts de la préparation du 38e Congrès, en septembre 2017 ; Roland commente de façon critique la « grande consultation » entreprise par la direction d’alors, et s’exprime sur les enjeux du Congrès. Avec la conviction, qui l’animait et qui nous a réuni, de l’actualité du combat révolutionnaire et du besoin d’un parti communiste agissant, novateur, révolutionnaire. Une conviction qu’il s’agit de faire vivre dans les débats et combats à venir.

Nicolas Marchand


Le message de Fabien Roussel

Roland Weyl : l’engagement révolutionnaire, pour la justice, la paix et l’émancipation humaine

Notre camarade Roland Weyl vient de nous quitter à l’âge de 102 ans.

Issu d’une grande famille de juriste et Doyen du Barreau de Paris, Roland fut d’abord un grand avocat après avoir prêté serment à la veille de la Seconde guerre mondiale sans pouvoir exercer durant les années d’Occupation, où il participa à la Résistance.

Après la Libération, convaincu que le Parti communiste était le « seul outil d’action pour un changement de société », il y prit sa carte directement au siège du PCF. Mais Roland voulait faire bien plus de son engagement communiste qu’un bulletin d’adhésion. Pour lui,« il ne suffit pas d’avoir signé un bulletin d’adhésion pour devenir communiste. L’adhésion est un choix, c’est par l’enseignement combiné que fournissent l’expérience tirée des luttes et l’approfondissement théorique des motivations et des critères d’orientations qu’on apprend à être le communiste qu’on a voulu être ».

C’est aussi pour cela qu’il décida de politiser son activité professionnelle.

Parce qu’il considérait que le droit devait servir la Justice et protéger les peuples et les individus des répressions des puissances de l’argent et des Etats impérialistes.

Il décida alors d’adhérer à l’Association Internationale des Juristes démocrates dès sa fondation en 1946 – dont il était aujourd’hui le premier vice-Président.

Roland fut aussi un défenseur des mineurs dans le Nord-Pas de Calais, victimes de la répression après les grandes grèves de 1947. Il plaida aussi pour défendre les militants et journalistes communistes, réprimés pour leur activité militante contre la guerre d’Indochine, et compta parmi les courageux avocats qui assumèrent d’aller défendre les indépendantistes algériens, de l’autre côté de la Méditerranée.

Roland Weyl a aussi beaucoup apporté dans ses activités au sein du PCF, comme militant à Paris ou à la section de Créteil, qu’il rejoint en 1988 avec son épouse Monique, autant que comme « militant d’entreprises » puisqu’il contribua à faire vivre la cellule du PCF du Palais de Justice de Paris. Il contribua parallèlement au rayonnement de l’activité intellectuelle du PCF en devenant éditeur de la Revue de droit contemporain de 1954 à 1991, comme en participant aux activités du Centre d’études et de recherches marxistes, des comités de rédaction de Nouvelle Critique, de France nouvelle et de L’Information municipale.

Pas de justice sans égalité, pas de Justice sans Paix. C’est aussi au nom de ces principes que Roland s’était engagé avec le Secours Populaire, comme avec le Mouvement de la Paix, dont il fut membre du Conseil national, avec une bataille permanente pour le respect de la Charte des Nations Unies. Et Roland, pour qui la paix ne se concevait que dans la justice, fut un ardent militant du respect des droits du peuple palestinien à vivre libres, dans un Etat respecté par tous.

Le Parti communiste perd une de ses grandes figures.

Je veux dire à ses enfants, France, Danielle et Frédérick, notre profonde reconnaissance pour l’engagement de Roland, pour son parcours au service de la justice, pour son courage et sa clairvoyance politique.

Je leur adresse mes plus sincères condoléances et veux leur témoigner la fierté des communistes d’avoir été des combats de Roland.

Fabien Roussel,
Secrétaire national du PCF


Le texte de Roland Weyl – septembre 2017

MODESTE CONTRIBUTION AU CONGRES EXTRAORDINAIRE

D’abord cette « consultation des communistes » :

Elle ne doit pas être LA base de travail mais un supplément.

En effet, il est bien que, ayant des projets ou des opinions, la direction consulte les adhérents. Mais ce n’est évidemment pas suffisant

D’abord, compte tenu du déficit de formation de ces dernières décennies les réponses risquent être grevées du poids de la pression idéologique dominante.

De plus, les réponses à la bagatelle de 98 questions ne viendront que de ceux qui en ont la possibilité et le temps

Et ce ne serait qu’une parodie bureaucratique de démocratie, qui ne doit pas être enfermée dans l’imposture référendaire qui la limiterait à répondre à des questions décidées par un pouvoir d’en haut qui ferait ensuite ce qu’il veut de ces réponses.

L’avis des militants peut ne pas se limiter à des réponses aux questions qui leur seront posées, mais enrichir la réflexion commune de leur propre apport, qui peut ne pas entrer dans le cadre des questions mais résulter de discussions à la base, fut-ce sur un projet de texte, et qui en communique le fruit à ceux qui sont théoriquement ses mandataires.

Réservant donc la réponse à ces 98 questions à une disponibilité prochaine, voici déjà quelques réflexions générales :

Sur le fond : Au premier abord, le mot d’ordre « se réinventer » sonne comme un appel à être autre qu’on a été, et donc dans la mouvance de l’idéologie moderniste dominante, qui exhorte à se désencombrer de toute la culture acquise.

Il faut au contraire se re-sourcer, retrouver les sources et repères fondamentaux.

En effet, Maurice Thorez rappelait volontiers que le parti n’est pas imperméable à l’idéologie dominante et cela est plus vrai que jamais avec le rôle dominant des médias..

Cela n’a rien de passéiste, si l’on prend soin de l’ adapter au contexte toujours changeant.

Mais après tout, étymologiquement, « inventer » veut dire « trouver » et donc « se réinventer » peut vouloir dire « se retrouver ».

En effet, dans le voyage dans le temps, le paysage, le terrain, changent, mais le Nord est toujours au Nord, et pour ne pas s’égarer la boussole est indispensable.

Or l’idéologie moderniste tend à nous la faire oublier pour ne plus nous orienter qu’au radar.

Pour retrouver la boussole il faut d’abord inventorier l’idéologie dominante sous laquelle elle est enfouie.

On en retiendra 4 caractéristiques :

L’influence présidentialiste : ce n’est pas contester les qualités de Pierre Laurent que de constater la tendance à l’occultation de la richesse des composantes de la direction collective

La démocratie réduite à l’élection, Les partis sont alors réduits à des appareils de clientélisme électoral en compétition entre eux, et le parti n’y échappe pas. Il doit clairement s’en démarquer en afficher fortement sa fidélité au rôle historique des partis politiques, héritiers des clubs de la Révolution, commme organisateurs de la souveraineté populaire, ensemble la bataille idéologique pour sa motivation et son orientation.

La substitution de la technicité à la culture citoyenne, Et le parti n’y échappe pas en donnant au programmatique priorité sur les motivations stratégiques globales à donner à voir et offrir à partager.

Pour revenir aux sources et donner à voir les repères, on retiendra les fondamentaux suivants :

D’abord, fondamentalement et commandant tout le reste, ce qui a motivé dans le passé les plus grands intellectuels : une alternative de civilsation.

Une autre vision du statut de l’être humain : non pas seulement « l »humain d’abord » qui, par opposition sous-entendue à l’inhumain, risque n’être compris que comme réduit à de l’humanitaire moralo-sentimental où l’être humain reste un objet de pouvoir à mieux traiter, mais selon les formules anciennes qui n’ont pas perdu de leur fertilité : le communisme étant l’abolition de l’exploitation capitaliste, substituer au gouvernement des hommes l’administration des choses, et cesser de faire de l’être humain un objet pour en faire le maitre collectif des rapports sociaux

Retrouver et rajeunir de précieux repères anciens tels que « en se libérant la classe ouvrière libère la société tout entière », « lutte de classes et démocratie », « classe et nation », etc…

En résumé, ne pas s’en tenir à du pratique au ras des paquerettes, et ne pas craindre d’offrir au « bas- peuple » des motivations doctrinales et théoriques.

L’autre re-sourcement essentiel est dans les sources historiques du PCF.

D’abord, ne pas oublier que le congrès fondateur n’est pas parti de rien et n’a pas été le produit de la révolution russe ni de l’internationale communiste, mais était un congrès du parti socialiste sanctionnant la trahison de dirigeants qui avaient fait l' »Union sacrée » pendant la guerre de 14-18.

Le PCF se situe donc dans la continuité du mouvement révolutionnaire français.

Ensuite, « communisme » est un mot français, qui trouve sa source dès le XVè siècle avec le mouvement communal qui initie contre le pouvoir féodal la souveraineté collective du pouvoir d’en bas, agissant par ses représentants élus, et dont la Commune de Paris sera un point culminant.

Bien entendu cela ne dispense pas d’être concret et actuel, mais donne une autre force à notre raison d’être, en nous différenciant des autres, et devrait être en bonne place dans nos programmes de formation


Un message de François Kaldor

J’ai connu Roland avec mes parents en allant avec eux au congrès de l’Association Internationale des Juristes Démocrates l’hiver 1952 1953 , en 4cv ;

Je me souviens du salut de roland à un soldat de l’armée rouge qui était en faction la nuit sous la neige quand nous sommes arrivés làbas.

Il y avait Monique, Roland, Danèle Weyl, ma mère Charlotte KALDOR, moi-meme moufflet… de 7 ans.

Au retour en train, avec mon père, nous fumes convenblement epluchés par la douane française… à Bâle…

Bien fraternellement.
François KALDOR
Avocat honoraire au barreau des Hauts de Seine


Roland WEYL vient de nous quitter à 102 ans, doyen de l’Ordre des Avocats de Paris. Il était né le 18 mars 1919, il fut de ceux pour qui selon le titre de son ouvrage principal écrit en 1968 : «  la part du droit dans la réalité et dans l’action », est une composante essentielle de la lutte pour la liberté, les libertés et la lutte pour l’émancipation des hommes de leur condition sociale et politique.

Il aimait rappeler pour l’histoire l’affaire Louise Ménard et le bon juge Magnaud de Château- Thierry.

Il fut l’un des premiers militants du SAF lors de sa création.

Il devient avocat le 12 juillet 1939, dans le fil d’une lignée de juristes mais le droit « nouveau » mis en place par le pouvoir de la collaboration avec le national-socialisme allemand l’empêche de revêtir sa robe pour l’exercer.

Dès la Libération en 1945 se consacrera de façon inlassable à la défense des militants syndicaux et politiques. Il s’attacha à chaque instant de mettre ses connaissances au service de ses convictions communistes acquises pendant la résistance. Il y sera l’un des avocats français qui plaideront pour les résistants et fils de fusillés qui s’opposeront à la prise de commandement à l’OTAN du General allemand SPEIDEL, ayant servi dans la Wehrmacht.

Il se consacrera également au Mouvement de la Paix, notamment sur l’insertion de la France dans les traités internationaux et les questions de la légalité de l’arme nucléaire.

Il intervient dans la défense des mineurs de charbon dont le rôle fut capital pour relever la France après les destructions de la guerre. fit partie de la quarantaine d’avocats groupés notamment autour du Secours Populaire Français et du Parti Communiste Français qui assureront plus de 200 allers retours en Algérie pour défendre les militants algériens poursuivis devant les tribunaux militaires.

Cette activité fut poursuivie dans la défense des luttes d’indépendance des peuples colonisés, et notamment lors du génocide du Rwanda.

Il fut l’avocat de nombreuses collectivités territoriales cherchant à développer la solidarité dans leurs domaines comme de syndicats d’enseignants

Il sera, notamment avec Joé NORDMANN l’un des principaux juristes qui animeront l’Association Internationale des Juristes Démocrates (A.I.J.D.), dont les congrès ont lieu tous les 5 ans.

Il sera notamment le rédacteur de la Revue de Droit Contemporain, qui en était le bulletin de liaison.

Cette revue permit tout un échange doctrinal avec les juristes des pays de l’Est européen, l’Union Soviétique, les pays d’Asie sur les modalités de la coexistence pacifique de pays à régimes sociaux différents, fondé sur les principes de la Charte des Nations Unies qui pour lui, il insistait, n’était pas la Charte de l’organisation « ONU », puisque les sujets de la charte étaient les peuples souverains, avant de parler des états.

Il participera aux différentes réunions de juristes sur les suites de la guerre en Indochine et ensuite sur celle du Viet Nam et notamment la mise en œuvre des responsabilités des fabricants américains des produits chimiques comme «  l’agent Orange », toujours actif.

Il sera aussi un militant du droit international et notamment de l’application directe des Pactes de New York des Nations Unies sur les Droits Economiques Sociaux et culturels, et les Droits Civils et Politiques. Textes signés en 1966 mais promulgués en Février 1981. C’est notamment le droit à l’ensemble des conditions de vie digne dont le logement et les expulsions qui l’animait.

Il était ainsi l’un de ces juristes pour qui l’appropriation par le peuple du droit, l’appropriation citoyenne, est essentielle pour le développement démocratique.

Sa vie et son activité ne peut être séparée de celle de son épouse Monique PICARD WEYL, qu’il connu au Palais comme on dit familièrement avec qui il travaillera beaucoup lors de la réforme du divorce (dès 1975 autrice d’un livre : Divorce libéralisme ou liberté, puis un autre «  Laissez nous libres ») pour faire progresser le droit des femmes tant au sujet l’avortement que de la contraception et les développements sociaux et politiques que cela impliquent.

Il fut l’un des juristes très attentif au domaine de la loi démocratiquement délibérée et dénonça dès le début, en 1958, les aspects autoritaires, voire plus de la Constitution de la Vème République.

Son dernier ouvrage porte le titre de Droit, Pouvoir et Citoyenneté.

Il participa ces dernières années à des initiatives d’éducation et de popularisation du droit dans les établissements scolaires avec Initia Droit.

Il restait l’un des animateurs de l’Association Droit Solidarité.

Frédéric Boccara

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