Conseil National Présidentielle 2022

Les interventions au cours du Conseil national du 13 mars 2021

Interventions d'Evelyne Ternant, de Denis Durand, de Jean-Marc Durand, d'André Chassaigne et de Frédéric Boccara

Mise-à-jour du 23 mars : ajout de l’intervention d’André Chassaigne

Intervention d’Evelyne Ternant

Le capitalisme est en train de franchir une étape dans l’histoire de ses crises : il tue en direct et massivement dans le monde, y compris dans les pays développés : millions de morts seront dus à la propriété intellectuelle des brevets sur le vaccin anti-Covid et la logique de concurrence entre les grandes firmes pharmaceutiques.

La faim est de retour dans notre pays, la précarisation des vies devient massive, alors même que les anesthésiants des plans d’urgence ont jusqu’à présent quelque peu contenu la vague de destruction d’emplois qui va provoquer une dévastation dans le pays. Un tel contexte dramatique ne permet plus de différer sur le plan politique l’affrontement de classe avec le capital.
C’est donc bien le projet de société qui devra être au cœur du débat de la campagne présidentielle, pas seulement décliné en terme d’idéaux de justice sociale et de transformation écologique, portés par l’ensemble des candidats de gauche et écologistes. Il faut aujourd’hui désigner clairement les cibles du système à atteindre et les chemins de lutte pour y parvenir.
C’est la raison de fond pour laquelle la candidature communiste, à ce point de
mûrissement de la crise du capitalisme, relève de la nécessité absolue.
Oui, à cette étape de pourrissement de la situation politique française, le risque de
l’élection de Le Pen existe, sur fond d’aggravation de la crise, et parce que la gauche au pouvoir a été incapable de contrer les politiques néolibérales de soutien au capital et de répondre aux besoins des classes populaires.
Est-ce en succombant à la peur que l’on conjure les risques qui la provoquent ? La montée de l’extrême-droite et des pouvoirs autoritaires est un phénomène mondial, particulièrement visible en Europe, il est du précisément au déploiement des politiques de régression que les solutions social-démocrates ne peuvent plus endiguer, pas plus que les fronts républicains.
Il faut faire reculer sur le fond leurs idées, cette gangrène du débat identitaire qui évacue le débat social. Là encore, la bataille des idées est incontournable, et notre candidature nécessaire pour tracer le chemin des émancipations humaines et porter les axes transformateurs de développement des services publics, des biens communs, le dépassement du salariat, avec la Sécurité Emploi Formation, et leur cohérence avec les conquêtes démocratiques à tous les niveaux pour décider
collectivement de nos modes de production, de consommation et des moyens de financement.
Le texte cependant bute cependant à mon avis sur la question de l’articulation entre élections présidentielles et législatives dans la partie 5, question importante, car elle conditionne le sens et la force de la candidature à la présidentielle.
Il est proposé d’adosser à la candidature une « offre politique » selon l’expression du texte, sous la forme d’un atterrissage sur « un contrat de législature », qui serait préparé et construit avec les forces de gauche, pendant la campagne présidentielle. Autrement dit, dans le même temps où notre candidat mène la bataille des idées sur les issues aux crises multiples, parce qu’il n’y a pas de socle partagé à gauche sur les réponses à apporter, et que les lignes doivent bouger pour refonder une gauche à la hauteur, nous enverrions contradictoirement le message que les convergences sont déjà suffisantes pour construire un contrat de législature, c’est-à-dire une entente sur les contenus et des alliances électorales.
Une telle démarche revient à rabattre la présidentielle sur un objectif institutionnel, à en faire in fine le sous produit de l’élection législative. Mesurons les conséquences de cette mise sous tutelle.

1- Sur les contenus

Dans le même temps où l’on pointe dans la présidentielle ce qui nous différencie, on rentre déjà dans le compromis de sommet, car un contrat de législature, quelques soient les précautions de langage, est d’abord une négociation de sommet. Avant d’avoir déployé jusqu’au bout les potentialités de notre campagne pour que nos propositions bousculent, interrogent, s’installent dans le débat public, pénètrent en profondeur les consciences, entrent en résonance avec les
attentes du mouvement social, on se met en «mode union-compatible», on arrondit les arrêtes de ce qui fait débat à gauche pour rendre le contrat de législature crédible. Cela ne peut que conduire à édulcorer nos propositions, et donner l’illusion du changement à portée de main, avec une gauche en l’état.

2- Le risque d’une candidature rétractable

Nous risquons également de voir notre candidature perdre de la légitimité, car si nous pouvons déjà nous entendre pour la législative, est-il bien nécessaire de mener à son terme notre candidature ? J.L. Mélenchon, qui nous a déjà écrit sur le sujet, va se précipiter et répondre à « l’offre politique ». Dès lors, de très fortes pressions externes et internes vont s’exercer pour que notre candidat s’efface derrière celui que les sondages auront mis en meilleure situation pour
aboutir à ce « contrat législature » devenu l’horizon de notre campagne présidentielle.
Quelles que soient les références formelles à l’irruption du mouvement populaire, cette idée de construire un « contrat de législature » dans le temps de la présidentielle fait prédominer une vision parlementariste du changement, sous estime l’impérieuse nécessité du débat d’idées, des mobilisations populaires, et de la confrontation à gauche pour qu’elle se refonde sur de nouvelles bases. Elle installe, qu’on le veuille ou non, notre candidat sur un siège éjectable. Elle est la première pièce d’un engrenage pouvant conduire à une candidature rétractable ou amovible, dont le deuxième rouage est la clause de revoyure d’une nouvelle conférence nationale proposée en amendement du texte.
C’est la raison laquelle avec Frédéric Boccara, nous présentons un amendement 1 qui supprime la proposition d’initier un « contrat de législature » pendant la campagne des présidentielles. Notre amendement énonce qu’à l’issue de l’élection, dans une dynamique populaire devant et avec les citoyen·nes, nous impulsions la construction d’un pacte d’engagements communs, dont des engagements législatifs, entre les forces de gauche et écologiques pour renforcer le groupe communiste et le nombre des députés de gauche, si possible
jusqu’à la victoire.
Ne rentrons pas dans cette campagne des Présidentielles à reculons, de façon hésitante, ne renouvelons pas l’erreur de 2017 d’être restés sur le bord de l’arène, en implorant l’unité et en finissant par un ralliement, ayons confiance en la pertinence et la puissance de nos propositions pour mettre au centre du débat les questions attendues par les citoyen·nes, y compris par celles et ceux qui n’attendent plus rien des urnes.

André Chassaigne ayant présenté un amendement allant dans le même sens, nous avons retiré le nôtre et cosigné le sien.

Intervention de Denis Durand

Un point clé de nos débats porte sur l’articulation entre élection présidentielle et élections législatives.

J’insiste : j’ai la conviction que pour notre Parti posséder un groupe parlementaire est très important. Au niveau national, c’est un moyen de survie institutionnelle. Dans un département, ce sont des moyens d’action considérables.

Mais ce n’est pas essentiellement cela qui fait l’importance des élections législatives. Nous ne voulons pas une stratégie de survie, un parti comme aujourd’hui le Parti radical, qui aurait des groupes parlementaires mais qui n’aurait plus d’électeurs, plus d’idées, plus d’influence sur les événements.

Il y a donc à mes yeux des raisons beaucoup plus importantes, pour un parti communiste, de se battre pour faire élire des députés. Nous avons besoin de parlementaires parce que nous ne sommes pas des utopistes, nous voulons vraiment prendre le pouvoir pour transformer la société, jusqu’à abolir le capitalisme pour pouvoir le dépasser. Mais nous ne sommes pas non plus des gérants loyaux du capitalisme : nous voulons faire de notre présence dans les institutions, dans les villes, dans les régions, au Parlement et, le cas échéant, au gouvernement, une arme dans la conquête démocratique du pouvoir par le mouvement populaire.

Dans cette perspective, les élus que nous voulons avoir en nombre le plus grand possible ont besoin de pouvoir s’appuyer dans leur action sur un Parti fort de notre vision du monde, de notre projet de société, de nos propositions, de notre contribution aux luttes. Sinon, des élus envoyés au front sans une base politique très solide, cela peut poser plus de problème que ça n’en résout. On l’a vu avec la division du groupe à l’Assemblée dans le vote sur la loi séparatisme, qui n’est que la dernière en date de plusieurs difficultés qui ont marqué la législature.

Or, ce qui était difficile depuis notre effacement de 2017 risque d’être encore plus difficile dans les années qui viennent. Il y a la double crise économique et sanitaire qui n’en est qu’à ses débuts. Il y a la crise sociale qui est provisoirement sous anesthésie tant que les fonds publics empruntés à la BCE financent le chômage partiel, que les plans de suppressions d’emplois des grands groupes n’ont pas encore produit leurs effets et que les marchés sont maintenus sous perfusion par les banques centrales. Il y a la crise politique qui nous fait entrer dans des eaux inconnues avec la menace concrète d’une victoire de Le Pen.

Les dangers sont immenses, mais céder à la peur en fuyant la bataille présidentielle ne nous aidera pas à y faire face.

Avoir à voter à nouveau Macron comme seul moyen d’empêcher l’élection de la candidate de l’extrême-droite nous fait horreur. Mais, dans l’état où notre effacement a contribué à placer la gauche, Mélenchon, Taubira, ou Hidalgo, seraient-ils des candidats plus efficaces face à Le Pen pour des électeurs écœurés par le mépris dans lequel toute une gauche non communiste les a tenus depuis des années ? Les 19 % de JLM en 2017 n’ont pas fait reculer la chape de plomb que fait peser sur toute perspective politique le tandem Macron-Le Pen. En réalité, tout dépendrait de la situation politique créée par la campagne présidentielle. De la capacité de la gauche à réveiller les abstentionnistes, des perspectives qui pourraient être ouvertes au mouvement populaire. De notre capacité imposer le débat social, emploi, argent à la place des débats sur la sécurité, le nationalisme, etc.

Donc il faut une candidature communiste pour un contenu exprimant concrètement comment la réponse à la colère et aux exigences de nos concitoyens passe par une mise en cause, partout où c’est possible dès aujourd’hui, des logiques capitalistes et libérales, de la domination du capital. Et c’est cette bataille qui créera, ensuite, les conditions d’une élection de députés communistes et d’une reconstruction idéologique et politique de la gauche qui la rende à nouveau légitime pour gouverner.

Je veux pouvoir voter une résolution qui se prononce vraiment pour une candidature communiste, pas une éventuelle monnaie d’échange pour des circonscriptions. C’est pourquoi je souhaite que soit levée l’ambiguïté de la notion de contrat de législature qui figure dans l’état actuel du texte.

Intervention de Jean-Marc Durand

port

La question de la candidature à la présidentielle ne peut se régler comme cela, ex nihilo, mais bien en prenant en considération la situation dans laquelle se trouvent à la fois le PCF, la gauche et la société françaises et au-delà l’Europe et le Monde.

Certes une telle affirmation peut paraître enfoncer une porte ouverte mais à y regarder de plus près sans doute pas tant que çà, car au fond tout dépend de l’analyse que nous faisons de la crise globale actuelle, de ses causes, de ses enjeux et de l’issue que nous lui voyons.

Aujourd’hui avec la crise sanitaire qui se développe en même temps qu’une crise économique, financière, écologique, démocratique profonde tout montre que la question centrale est un changement de système. En somme tout pousse à une exigence considérable de contenus pour engager ce qu’il faut bien appeler une révolution. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer le sort des plus démunis ou de mettre des pansements sur une jambe de bois mais d’un changement de société.

Et c’est à l’aune de cette ambition transformatrice que nous avons à décider de la proposition d’une candidature communiste à la présidentielle avec laquelle je suis en accord et non à partir de je ne sais quel jeu politicien ou de je ne sais quelle alliance de circonstance pour préserver quelques sièges dont on peut parfois ensuite s’interroger quant à l’efficacité.

Donc il ne s’agit pas comme le texte de préparation à la conférence nationale nous le propose, de placer la présidentielle sous tutelle des législatives avec un contrat de législature qui mettrait en débat en même temps que se déroulerait la campagne présidentielle, la construction d’une sorte de programme commun de législature de fait en deçà en termes de contenus, de ce que nous porterions dans la présidentielle. Ou alors serait-ce le moyen de chuter au final sur une candidature commune ? Façon comme une autre d’assurer notre présence à l’Assemblée Nationale. En 2017 ne devons-nous pas 7 élus à l’accord passé avec J-L Mélenchon ?

Raison de plus pour que notre candidature ne soit pas une candidature de témoignage mais une candidature qui par les propositions qu’elle porterait : financements, politique du crédit et fiscalité, SEF, pouvoirs et services publics, permettrait un ressaisissement de toute la gauche et la relance du mouvement social dans la durée et sur le fond. Mouvement social et expression dans les urnes sont indissociables pour permettre à une gauche véritable d’accéder au pouvoir.

C’est ainsi que se travaillera de la meilleure des manières le rassemblement à gauche qui pour l’heure, ressemble plus à un vœu pieux qu’à la réalité. Puisque tout le mode parle de sondages, regardons ce qu’ils disent quant à la perspective de résultat de la gauche rassemblée. Au mieux elle est donne à 28%.

Oui bien sûr qu’il y a le risque d’un second tour Macron/Le Pen. Bien sûr que le danger Le Pen est bel et bien une réalité : l’actuel rapprochement droite – RN n’en n’est-il pas un signe avant-coureur ?

Face à cette réalité, il ne s’agit pas de parler d’extrême gravité de la situation mais surtout d’apporter des réponses à la hauteur. C’est cela qui permettra de combattre Le Pen.

L’heure est à entrer en résistance, d’ailleurs cela devrait déjà être le cas, afin d’ouvrir les portes d’une alternative crédible. Notre candidature à la présidentielle doit en tout cas en être le déclic.

Et arrêtons de comparer des élections complètement différentes les unes des autres : municipales, départementales, régionales sont des scrutins de liste. La présidentielle est une élection uninominale et si on fusionne des candidats.es pour un poste unique il n’en restera qu’un et pas plusieurs.

Enfin trois remarques :

  • Parler d’utilité du PCF ce n’est pas lui passer de la pommade tout en prônant des choix qui l’effacent mais en faire une force indispensable au changement et au rassemblement sur des objectifs politiques clairs et de haut niveau.
  • Il n’est pas inutile de rappeler à ce stade les mots d’un certain Raymond Barre qui en substance disait : on ne fait pas le même politique en France avec un Pcf influent ou un Pcf insignifiant.
  • Beaucoup se réfèrent à 1936 pour en appeler à se rassembler derrière un.e candidat.e unique à la présidentielle mais je rappellerai simplement qu’après
  • 1936 il y a eu 1939…

Intervention d’André Chassaigne

Comme je l’avais exprimé en 2012 et 2017, je souhaite, vous pouvez vous en douter, exprimer mon accord pour une candidature communiste. Et une fois de plus en pleine conscience du verrouillage des élections dans le cadre du socle constitutionnel de la 5ème république, qui nous a conduit à nous enfermer dans une seringue. Certes, cette seringue a eu cependant le mérite de développer enfin dans nos rangs notre système immunitaire. J’apporte aussi mon soutien au texte qui nous est proposé, en conscience que ce n’est pas un texte de Congrès et ne peut donc pas couvrir en exhaustivité nos propositions.

Avec cependant une divergence sur un terme employé : l’emploi que je trouve ambigu et réducteur du terme « contrat de législature ». Et ce n’est pas anodin.

Un « contrat de législature » fonde une alliance pour la durée, je dis bien sur la durée, du mandat de l’Assemblée législative élue. C’est un contrat politique qui engage sur un programme partagé, précis et impératif.

Il enferme donc les organisations signataires dans un cadre peu compatible avec l’autonomie de leur groupe parlementaire. Il limitera donc la parole des députés communistes qui doivent porter des propositions législatives sur la base de leur propre vision du monde. D’autant plus que l’expression de notre groupe parlementaire doit, je le pense moi-aussi au regard du vécu présent, être davantage en lien avec les orientations et choix politiques de leur Parti, exigence qui n’est plus en cours depuis plus de deux décennies.

Plutôt que « contrat de législature », j’ai proposé, avec d’autres, le terme « pacte d’engagements communs » en précisant son sens :

  • Un socle partagé de mesures immédiates comme l’était d’ailleurs l’alliance électorale signée par les forces de gauche fin 1935 à la suite du « pacte d’unité d’action antifasciste » du 27 juillet 1934.
  • Des propositions structurelles sans qu’elles nous enferment dans une contractualisation qui tireraient vers le bas nos propres propositions de transformation sociale.
  • Des ententes électorales pour les élections législatives à l’image là-aussi de l’alliance électorale de 1936 dans un contexte de crise et de menace d’extrême-droite pas très différent de ce que nous vivons aujourd’hui, avec l’objectif de faire élire au maximum de députés communistes.

J’ajouterai que durant la campagne des présidentielles, cet axe fort ne peut que renforcer le soutien aux propositions que nous porterons et donner du corps à notre objectif de faire monter la perspective d’une alternative politique qui nécessité l’union des forces progressistes, comme le souhaite très largement le peuple de gauche.

Je suis persuadé aussi que le terme « contrat de législature » affaiblira la justification de notre incontournable candidature aux présidentielles et apparaîtra comme un compromis de sommet qui entraînerait la perspective d’une majorité politique rigide.

De plus, mais je pense que c’est évident pour chacun d’entre nous, le pacte d’engagements communs, que je souhaite, ne peut que se formaliser au lendemain des élections présidentielles.

Intervention de Frédéric Boccara

1 – Ce qu’appelle la situation

La double crise continue de frapper durement : sanitaire et économique. La pandémie continue et n’est pas finie. En plus comme on a vacciné, mais pas massivement cela a ouvert la voie aux différents variants. Un déferlement économique et social se profile. Il se profile d’autant plus si la pandémie s’atténue car le gouvernement macronien va chercher à lever les protections mises en place, comme les dispositifs de chômage partiel. En outre un certain nombre d’entreprises n’arrive plus à tenir. Et l’état de dépression psychologique du pays est patent. Mais aussi la colère qui monte, et va probablement commencer à se manifester plus concrètement.

La crise politique est tout aussi fondamentale.

L’enjeu politique auquel nous avons à faire face est celui de la réponse à la crise. Ces trois crises, mais aussi la crise de la gauche. De ce point de vue nous ne sommes pas en 1981, ni en 1997, ni même en 2012. La gauche est en crise et en discrédit.

L’enjeu de la présidentielle, c’est l’issue à ces crises. C’est de mener un débat intense avec nos concitoyens sur l’issue, de désigner les leviers d’action et le chemin d’une issue. C’est donc à la fois la riposte et la résistance, avec une posture unitaire, pour une gauche de combat et efficace, et un renforcement, un développement du mouvement populaire. J’ai parlé, déjà, de l’intérêt qu’il y aurait à se fixer l’objectif de construire à la présidentielle et au-delà un grand mouvement populaire contr la domination du capital.

C’est dire s’il y a besoin de l’originalité communiste. L’originalité pour déverrouiller les esprits et déverrouiller l’abstention, notamment des catégories populaires. L’originalité communiste n’est pas que de posture, elle est aussi de propositions. Elle est surtout de projet, avec le grand projet de société que nous portons, celui de sécurité d’emploi ou de formation, une perspective de liberté, de sécurité et d’émancipation au-delà du travail mais sans refouler cet enjeu majeur, ni l’enjeu majeur du capital, avec nos propositions radicales sur l’argent et sur la gestion des entreprises, notre conception des services publics, notre conception de la personne humaine de sa dignité, de son émancipation et notre conception de la démocratie, de la laïcité. Sans oublier notre internationalisme.

L’envolée des bourses alors que la disette des hôpitaux crève les yeux montrent la validité de notre slogan « l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital ». Ce n’est pas pour rien que la pétition correspondante a été massivement signée par plus de 100.000 personnes.

Alors, un certain nombre de camarades avec Pierre Laurent mettent en avant la peur. La peur de diviser, la peur de ne pas avoir de députés. Tout ceci doit être pris au sérieux, regardé en face, mais la peur ne doit pas paralyser, elle est mauvaise conseillère. Il faut plutôt l’affronter.

La plus grande nécessité, c’est de répondre à la crise, de frayer un chemin à des réponses adéquates, y compris pour conjurer ces dangers. Des réponses à la hauteur des exigences, radicales et réalistes, face à toutes les dérives et au désarroi.

2 – Déjouer le duo Macron-Le Pen

On veut nous imposer un débat identitaire et nationaliste, où l’ennemi ce serait l’autre. Pour le déjouer, au fond, il nous faut imposer non seulement le débat social, mais celui sur les entreprises, l’utilisation de l’argent et les pouvoirs dans cette société face à la domination du capital. Voilà le contre-poison. Nous devons faire monter l’unification des exploités et des dominés sur cette base.

Non pas sur la base d’un « magma » populiste qui, au mieux, ne construit rien et ne permet en rien de faire rempart à l’extrême-droite, bien au contraire.

3 – La posture de Jean-Luc Mélenchon

La posture de Jean-Luc Mélenchon est importante, car d’une part il prétend viser comme nous le refus des solutions de droite et des dérives de la gauche social-démocrate, devenue de plus en plus néolibérale. Elle est importante, d’autre part, car lors de la présidentielle, c’est pour une grande part notre électorat qui a assuré son score. On ne peut pas refouler le débat.

Sa posture va être plus unitaire que jamais. Il dit : nous faisons partie de la même « famille ». Et il nous propose précisément un pacte, un contrat pour les législatives dès avant les élections présidentielles, ou pendant.

On voit ce qu’il en est dans les Hauts de France où il s’est impliqué pour casser la possibilité que Fabien soit tête de liste. Et nous nous retrouvons tous unis derrière une candidate de EELV quasiment anti-industrie, dans une région si ouvrière et si industrielle. Il s’agit de nous faire taire. Mais avec de graves conséquences possibles…

C’est la question des contenus qui est fondamentale. Pas pour notre boutique ou nos marottes, mais pour la vie, pour affronter les réalités. Ces réalités dures de la crise.

4 – Le texte proposé

Le texte qui est soumis à notre discussion, puis à notre vote, propose de présenter une candidature communiste à l’élection présidentielle. C’est positif, c’est une bonne chose. Enfin ! ai-je envie de dire. Et il contient des lignes de propositions de fond qui dessinent un projet solide et à la hauteur.

Je veux pouvoir voter ce texte.

Mais la question d’un « contrat de législature » négocié, qui plus est, pendant l’élection présidentielle pose un vrai problème politique. C’est soumettre la présidentielle à l’élection législative. Je vois dans ce contrat une camisole.

Ce « contrat », qu’André vient de critiquer avant moi, s’accompagne de l’insistance dans le texte sur une « construction politique » au détriment de ce qu’il contenait sur l’intervention populaire, de l’insistance sur la possibilité d’une majorité de gauche, qu’il ne faut pas exclure mais dont la possibilité semble pour le moment bien mince et qui, surtout, dans le texte prend le pas sur l’absolue nécessité du débat d’idées, de faire avancer celui-ci, y compris au sein de la gauche.

Mais, comment mener ce débat d’idées si, au motif de négociations en cours sur un contrat, des « engagements de législature », on rend nos propositions « unio-compatibles » ? L’heure est-elle vraiment à cela ?

La présidentielle, ce n’est pas que le Président de la République avec son mode d’élection et ses pouvoirs, institution que nous condamnons depuis ses débuts. La présidentielle, c’est aussi un grand moment de disponibilité des françaises et des français pour un débat politique, pour un débat de projet.

Avons-nous confiance en notre projet ou pas ? Notre projet conjugué à notre posture unitaire et notre ancrage dans les luttes. A ce qu’il peut apporter à cette recherche de nos concitoyens, de notre pays ? En tout cas, les camarades que je côtoie, que je rencontre dans les mobilisations et luttes, à la base, comme on dit, on confiance. Ils attendent de nous que y allions clairement.

5 – Un amendement politique

Députés communistes, posture unitaire, idées, mouvement populaire. La façon dont nous allons mener la présidentielle doit permettre de conjuguer ces 4 choses.

C’est pourquoi, avec Evelyne Ternant et André Chassaigne, je propose un amendement qui substitue au « contrat de législature » [ou au « pacte d’engagements législatifs communs », terme qui a été inséré ensuite] négocié pendant, la notion de « pacte d’engagements communs », discuté après la présidentielle, sur la base de la campagne, des idées portées dans celle-ci. Ce pacte d’engagements se ferait en lien avec le mouvement populaire. Il porterait à la fois sur des mesures immédiates, des mesures structurelles, et sur des ententes électorales renforçant le poids de la gauche et des députés communistes, ouvrant la voie, si le rapport des forces le permet à une politique à même de sortir le pays de la crise.

Cela va de pair, comme le dit le paragraphe qui suit dans le texte, avec le fait de construire dès maintenant des candidatures dans les circonscriptions. Mais ne soumet pas la présidentielle, et son débat d’idées, à un « pacte d’engagements législatifs ».

Je souhaite pouvoir voter ce texte à la conférence nationale et ici. Car je souhaite que nous puissions mener la campagne présidentielle pour déverrouiller la situation en y portant notre projet et nos idées. J’alerte en ce sens les communistes, je les appelle à se saisir de ce débat pour déjouer le piège qui, sous couvert de conciliation, peut déboucher sur un effacement renforcé du parti et de ses idées profondes, comme on l’observe dans quelques régions à l’occasion des élections régionales.


Cet amendement a été présenté et soutenu, au nom d’Evelyne Ternant, d’André Chassaigne et moi-même, dans le débat d’amendement de l’après-midi. Il a obtenu les voix de 29 camarades et n’a donc pas été adopté. J’ai ensuite joins mes voix au total de 68 camarades qui ont voté en faveur de la présentation d’un communiste à l’élection présidentielle.

Le débat continue jusqu’à la conférence nationale.

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