Conseil National

Conseil National du PCF du 7 novembre 2020, les interventions de Frédéric Boccara, Evelyne Ternant, Jean Marc Durand, Denis Durand, Brahim Jlalj

Situation politique - emploi - le Parti et l’élection présidentielle.

Frédéric Boccara

première intervention

J’interviens en tant que responsable « emploi » du CN.

1 – Bilan des mobilisations sur l’emploi des 9 et 10 octobre

Je veux d’abord insister sur l’importance de ce qui a été fait par les communistes et par les fédérations pour les journées des 9 et 10 octobre, suite aux décisions du CN des 5 et 6 septembre. Des initiatives publiques sur l’emploi, interpelant les pouvoirs politiques (préfets) ou le grand patronat ou encore le service public de l’hôpital, ont été tenues dans 65 départements et 103 sites, avec une grande diversité et créativité. J’insiste à mon tour après le rapport de Fabien : c’est une réussite !

Il faut en faire le bilan et voir ce qui est à faire.

Car depuis, les chiffres et décisions tombent : cela va cogner dur ! Plans de suppressions d’emploi dans les grandes entreprises, difficultés aigües des PME/TPE, revenus abaissés car le chômage partiel c’est une diminution de salaire et s’y ajoutent toutes les fins de contrats, les indépendants qui ne pourront pas travailler, ainsi que le refus du RSA jeunes, que nous concevons pour les moins de 25 ans, à l’instar du MJCF, comme une entrée vers la sécurité d’emploi ou de formation (SEF), et donc articulé à la formation et à une perspective d’emploi, contrairement à Macron qui les oppose.

D’ailleurs, les enquêtes montrent l’inquiétude grandissante dans les consciences.

Quelques remarques, car il s’agit de poursuivre cette bataille qui, nous l’avons dit, est de longue haleine.

  1. Fondamentalement, notre proposition de sécurité d’emploi ou de formation donne sens à toutes ces mobilisations. Un sens commun. Veillons bien à ne pas la plaquer, à ne pas la dire avant les propositions concrètes et/ou sectorielles, mais au contraire à la présenter en conclusion : « ces propositions s’inscrivent dans la perspective d’un projet de système de sécurité d’emploi ou de formation, un projet de portée révolutionnaire, un projet de société ».
  2. Le souci de la crise sanitaire va recommencer à monter. N’opposons surtout pas crise sanitaire et bataille emploi. Notre bataille emploi et l’enjeu sanitaire vont ensemble ! Avec les pénuries de personnels à l’hôpital on voit bien le rôle crucial de l’articulation emploi-formation. La formation est fondamentale, nous avons raison d’y insister. Mais notre bataille pour aller vers une SEF est aussi au cœur des enjeux de l’ensemble des secteurs : il s’agirait d’organiser durablement la société avec des rotations entre travail et non travail, pour dé-densifier aussi bien les transports que les lieux de travail : par exemple 50% des gens au travail, 50% non (soit en non-travail, pas en télé-travail, soit se formant pour préparer les nécessaires transformations productives) avec une rémunération intégralement maintenue. Mais cela exige en particulier des pouvoirs des travailleurs sur les gestions des entreprises ! C’est bien sûr tout l’inverse du confinement tel que conçu par E. Macron et son aréopage de technocrates.
  3. Pour poursuivre sur l’emploi, il nous faut politiser. Chercher comment politiser plus. Car ils vont dire : économiquement tout allait bien et mieux et c’est de la faute de la pandémie si les problèmes économiques resurgissent !

Récusons ce discours. Tout d’abord en ne reprenant pas l’idée dominante selon laquelle ils auraient « privilégié l’économie sur la santé ». Ils ont privilégié les profits et le capital sur la santé et l’économie ! Sur ce point, le rapport fait une erreur politique. Nous devons montrer que nous avons une autre vision de l’économie que celle de Macron si nous voulons mettre en mouvement notre peuple, comme on dit, contre la domination du capital. Nous risquons en outre d’apporter de l’eau au moulin de la décroissance.

– Politiser c’est donc faire monter, dans nos initiatives à venir comme dans nos discours, la conquête de pouvoirs politiques contre la domination du capital, ses coûts, ses pouvoirs, sa logique.

G. Roux de Bézyeux ne s’y trompe pas qui, dans une interview aux Echos du 30 septembre, déclarait : « le privilège ( !) de la décision doit demeurer aux conseils d’administration » et il refusait toute conditionnalité (pourtant actuellement bien légères) aux aides publiques.

De ce point de vue, le vote positif d’une partie des députés communistes sur le plan de confinement de J. Castex nous pose problème. Il fallait confiner mais son plan de confinement ne nous convient pas. Et il ne prend pas les bonnes mesures ! En outre, compte-tenu des derniers mois, nous ne lui faisons pas confiance.

  • Politiser, c’est faire monter progressivement l’exigence d’institutions politiques nouvelles, en lien avec des pouvoirs nouveaux des travailleurs et habitants sur les gestions des entreprises et sur l’argent. Il s’agit tout particulièrement de l’institution politique que nous avons proposée à notre CN des 5 et 6 septembre : des « Conférences permanentes pour l’emploi, la formation, et la transformation productive écologique », je n’y reviens pas. Mais elles peuvent se décliner à tous les niveaux : à la fois au niveau régional, au niveau local en lien avec des comités de lutte et de mobilisation, mais aussi au niveau national. C’est fondamental.

A la mesure de la réussite des journées des 9 et 10 octobre et des besoins de bataille, il s’agit de continuer. Mais comment ? Nous formulons ici quelques propositions que le CN peut discuter et sur lesquelles le collectif emploi va travailler, en lien avec les fédérations, avec la commission entreprises et le secteur « vie du parti ».

2- Propositions concrètes

Il s’agirait donc de partir sur deux aspects :

  • La filière santé (pas seulement l’hôpital, mais aussi la production industrielle de médicaments, avec tout particulièrement Sanofi, la production de matériel, de vaccins, la recherche, les tests et leur organisation, la santé publique, la démocratie sanitaire, etc.)
  • La sécurisation de toutes et tous (conditions de travail – voir ce qui est engagé dans les Bouches du Rhône ou l’Isère – emploi, revenu)

Formulation de revendications immédiates et dénonciation du système : l’irresponsabilité de ceux qui sont obsédé par le rendement financier de leurs capitaux, avant tout, et monopolisent les décisions : le grand patronat appuyé par le gouvernement et des lois bien précises. C’est cela le capitalisme. C’est à l’opposé d’un système qui viserait une sécurité d’emploi ou de formation pour toutes et tous, dont l’accès à la culture et l’émancipation sont une composante majeure, qui implique une autre cohérence : d’autres pouvoirs, d’autres moyens.

Nous pourrions, avec le collectif national emploi :

  1. Elaborer une pétition sur trois revendications, forcément réductrices mais porteuses de sens :
  • Des pré-recrutements et recrutements de personnels à l’hôpital, dans l’éducation et les services publics, adossés à une formation continue et qualifiante
  • Exiger la réunion de conférences permanentes pour l’emploi, la formation et la transformation productive écologique, évaluant les besoins et pour orienter les aides publiques et l’argent des banques en ce sens
  • En parallèle et dans l’immédiat, un moratoire sur les suppressions d’emploi et le maintien des revenus pour les fins de contrats (CDD, intérim, …) un relèvement des allocations et minimas sociaux, un RSA pour les jeunes de moins de 25 ans
  1. Des initiatives dans tous les départements début décembre (vendredi 4 décembre et samedi 5 décembre ?)
  • Rencontres publiques zooms locales avec les organisations syndicales, les travailleurs, les jeunes, les chômeurs, les forces politiques, pour se confronter et évaluer les besoins (emploi, formation, conditions de travail, revenus)
  • Interpellation des Préfets et Conseils régionaux (comme débouché possible aussi des rencontres locales)
  1. Des formations sur la pétition pourraient être mises par le collectif à la disposition des fédérations et/ou des régions.
  1. Un matériel de communication
  • Affichettes pour les halls d’immeubles
  • Tract plus simple que le précédent
  1. Une rencontre mi-décembre de débat national avec les organisations syndicales, les associations d’insertion, de formation, des associations de jeunesse
  1. Se placer dans la perspective d’un processus d’Etats-Généraux de la sécurisation face à la pandémie et de la transformation productive (titre provisoire, bien évidemment) avec des temps dans les régions, et un temps national. Ce processus pourrait être mené parallèlement sur différentes filières, comme la Santé bien sûr, mais aussi l’Energie où avec les camarades nous sommes en train de construire quelque chose en s’appuyant sur la lutte de General Electric et la bataille face au plan de transformation d’EdF. Nous pourrions rechercher un appel national à ce processus d’Etats Généraux.

Tout cela, bien sûr, participe de notre façon de mener la campagne des élections régionales. Et je vous invite à le penser ainsi.

3 – La situation politique : un nouveau régime se cherche – candidature communiste indispensable – Quelle conception ?

De façon plus générale, j’ai dit ce que je pensais du confinement – nécessaire, mais pas ainsi, parce que l’on peut faire autrement, et il faut articuler réponse de court terme avec réponse de moyen terme dès maintenant en organisant alternances d’activités et rotation, plutôt qu’un « stop and go » de confinement (on en n’aura peut-être pas fini avec le Covid avant 18-24 mois, et encore…).

On doit donc taper sur le gouvernement, ce confinement quasiment « de classe » et ce que n’a pas fait le gouvernement dans ces derniers mois, pour l’hôpital notamment. Nous devons le dénoncer d’autant plus que cette situation crée à la fois colère et désarroi, et que les injonctions paradoxales du gouvernement vont attiser, comme toutes injonctions paradoxales, des réactions de violence. Nous devons donner un sens à ce qui se passe, politiser en désignant un adversaire politique – le capital ses pouvoirs et sa logique – sinon l’adversaire cela va être « l’autre »… celui d’à côté. Et là, on sait où cela peut nous conduire…

Nous n’aurions donc pas dû avoir ce vote contre d’un certain nombre de parlementaires communistes. D’autant plus que l’on a déjà pu déplorer le vote positif qui avait été émis lors du premier projet de loi de finances rectificative au début du premier confinement, un projet de loi où rien à peu près n’était prévu pour l’hôpital et où les entreprises étaient libres de licencier malgré les aides reçues.

Il nous faut aussi porter l’exigence de transformation des institutions de la République. Sur la laïcité, c’est une faute que de dire qu’il faut « restaurer » la république avec un peu plus de « social » dans les quartiers. Il faut distinguer les « principes » de la république : ils doivent être confortés, développés. Mais la réalité de la république doit respecter ces principes, et donc elle doit être changée, « révolutionnée », même, pour être vraiment démocratique et sociale. Et cela demande des changements profonds.

Plus profondément, on a parlé d’atteinte à la démocratie, de problème démocratique. C’est vrai. Mais je crois qu’il y a quelque de plus profond : un nouveau régime se cherche et il est peut-être en train de se mettre en place sous nos yeux. Nouveau régime politique, nouveau régime économique. Nouveau régime politique : ce n’est même plus le gouvernement qui a élaboré le plan présenté, et encore mois le Parlement. C’est un comité de techniciens, de chefs d’état-major et de technocrates, un aréopage dont les débats sont secrets, et il a été choisi par E Macron. Cela pose un profond problème de légitimité. Nouveau régime économique. Il se cherche lui aussi mes des choses sont à l’œuvre sous nos yeux. Le Parlement discute de 10 à 20 Md€ alors que la BCE – institution publique –fournit 230 Md€ à l’économie française sans coup férir !! Donc, premièrement, la question devient donc moins « où prendre l’argent », car il coule à flots – même si on ne manque pas de faire peur avec le spectre de la dette qu’il faudra rembourser – que « où le met-on ? ». Or ceci est plus que jamais le monopole de technocrates, de la BCE et du patronat !! Il faut hausser le ton là-dessus. En finir avec cette sorte de tabou, dans notre parole publique, sur l’argent de la BCE 

4 – Le parti et la présidentielle

Cette gravité des transformations du régime met en cause sa légitimité, envenime la crise politique. Elle rend indispensable et urgent de « créer les conditions d’une candidature communiste aux élections présidentielles », et de discuter à la fois de son contenu, et de sa conception, avant même de discuter du nom le mieux à même d’incarner ceux-ci. En lien avec l’orientation qui a été adoptée par les communistes au 38è congrès… et qui n’est pas toujours suivie…

Il y a urgence à s’y prendre autrement. Je ne sais pas si nous avons repéré l’accélération politique en cours.

C’est pourquoi il faut prendre à bras le corps la candidature communiste et politiser la question de l’emploi.

De ce point de vue, je dois dire que je n’ai pas très bien vécu l’intervention de Fabien lors du dernier CN, des 5 et 6 septembre. Premièrement, il déclare que la candidature communiste n’est « qu’une éventualité » contrairement à ce qu’il laisse entendre à Malo. A quoi joue-t-on ? Souffler le chaud et le froid ? Mais deuxièmement, il insiste : « les élections, c’est une chose, la bataille emploi c’est est une autre ». Comment opposer bataille emploi et bataille politique électorale ? Alors que nous nous devons nous évertuer à politiser la question de l’emploi. Alors que le rapport fait des propositions précises pour monter une bataille d’institutions sur l’emploi, avec les conférences permanentes. A porter tout aussi bien dans la bataille régionale que dans la bataille présidentielle qui, du point de vue des idées, a déjà commencé. Enfin, il choisit de tirer la SEF vers son volet conservation, en disant portons le maintien de l’emploi même si les gens connaissent des conditions pénibles, ne parlons pas de moderniser et de remplacer les travaux pénibles par des machines ! Même si d’autres tirent la SEF vers son volet mobilité voire bobo, ne prenons pas une position « luddiste[1]Du nom du mouvement des ouvriers « briseurs de machines » qui détruisaient les métiers à tisser dans les années 1810 en Angleterre. ». Il s’agit au contraire de de préserver les gens tout en ne maintenant pas à tout prix le capital et les structures, et de développer pour cela la formation et les pouvoirs démocratiques pour décider des productions et de leurs conditions. Il ne faut pas avoir peur de porter notre novation et notre originalité communiste. Cela est encore plus nécessaire dans la période actuelle de recherche de repères dans un monde dont nous ne pouvons pas nier qu’il est nouveau… mais que le capital lui impose sa vieille loi. Il va être indispensable de monter à ces enjeux pour les différentes échéances électorales comme pour renforcer les luttes sociales en les politisant.

Deuxième intervention, dans le débat sur le congrès à venir et le calendrier.

Je veux souligner la qualité du rapport de Christian Picquet et sa solidité, du point de vue de la réflexion comme de l’argumentation. J’apprécie l’effort d’articulation aux décisions collectives de notre 38è congrès, qui a adopté, ne l’oublions pas, une ossature forte de notre projet.

  1. Sur le contenu de notre congrès à venir. Je pense qu’effectivement, il s’agit de partir de l’état du monde et de l’Europe, mais aussi de la crise pour faire le lien avec notre projet révolutionnaire et réaliste de réponse aux enjeux.
    Mais il faut prendre le temps aussi d’analyser les transformations du capitalisme, pas seulement celles survenues du fait de la crise du Covid. Et voir les ambivalences de ces transformations, pas seulement ce que Pierre Laurent appelle leurs « opportunités ». Nous ne sommes pas dans le passéisme de symboles ou de mots-valise qui nous tiendraient lieu de repères sans lien avec les évolutions du capitalisme, alors que des analyses théoriques de la crise et des transformations du capitalisme ont été produites dans nos rangs. Nous récusons aussi la posture social-démocrate et réformiste, de la société nouvelle qui serait déjà là et adviendrait sans effort politique, sans prise de pouvoirs aux différents niveaux. IL nous faut mieux identifier la novation et son lien avec l’analyse de classe, la vision marxiste et révolutionnaire qui est notre option.
    Il nous faut aussi pousser l’analyse des transformations des classes sociales, comme des aspirations à se définir autrement que par l’appartenance à une classe social, au sens om nous l’entendons.
    Enfin, il y a la question d’évaluer le « moment » historique et politique où nous sommes, pour le pays et pour la gauche. Si nous sommes dans un moment où prédomine la « résistance », qu’est-ce que cela veut dire et implique concrètement, y compris dans nos pratiques, et comment l’articuler à une « construction » nouvelle et à un projet ? C’est pour une part l’originalité du PCF.
  1. Changement de régime. J’ai formulé, ce matin, l’hypothèse d’un début de changement de régime politique. Cela implique que nous poussions la question des transformations institutionnelles nécessaires et leur lien aux questions de classe. Cela implique de pousser aussi les aspects proprement révolutionnaires de notre apport qui est de refuser de s’enfermer dans les institutions politiques existantes, tout en y exerçant tous les pouvoirs que nous pouvons y exercer.
  1. Concernant le report possible des élections régionales et départementales, en juin, nous devons porter des exigences concernant la tenue d’élections en temps de Covid : quels types de moyens doivent être donnés, quels type de droits, pour une campagne démocratique et pour un vote lui aussi démocratique ? C’est une question qui est d’autant moins à négliger que la pandémie du Covid risque de durer, et que nous ne sommes même pas à l’abri, de mon point de vue, du report de l’élection présidentielle… !
  1. Concernant l’élection présidentielle, il est urgent, je l’ai dit, de monter notre fond de jeu et de créer les conditions d’une candidature communiste. Ceci pour toutes les raisons que nous avons analysées, mais aussi parce que s’y ajoute la crise de légitimité, crise du régime et la recherche d’un autre régime.
  1. Concernant le congrès. Je pense qu’il faut absolument tenir un congrès en 2021. Il faut donc en créer les conditions, mais ce n’est pas facile avec le report des élections régionales et départementales et le Covid. N’oublions pas que le congrès c’est tout un processus, local, départemental et national. Il ne doit pas se trouver déstabilisé par différents épisodes sanitaires. Il y a là une question sérieuse soulevée par différents camarades. Et rien ne serait plus néfaste que de ne pas en tenir compte et de raisonner en je ne sais quels « clans » ou groupes. Il y a en même temps la nécessité d’aller au plus vite sur la réflexion de fond concernant la présidentielle. Cette réflexion de fond est nécessaire, même si, je le rappelle, question projet le 38è congrès et les travaux réalisés depuis nous fournissent une ossature solide.

C’est pourquoi je plaiderais pour l’option suivante : conférence nationale au printemps sur les élections présidentielles – elle aborderait le contenu (projet), la démarche ou posture politique et la désignation du ou de la candidate – et congrès en 2021 dès que possible, au tout début de l’automne si les élections sont reportées. De ce point de vue, je suis d’accord avec l’idée émise de plusieurs calendriers à discuter.

Evelyne Ternant

Une intervention qui peut paraître terre à terre eu égard aux dimensions multiples, sanitaire, sociale, économique, écologique, démocratique, de la crise systémique que nous traversons, dont le débat très riche se fait l’écho. Mais c’est aussi le rôle du CN que de donner des pistes d’action concrètes, et les articuler avec une perspective transformatrice, car c’est bien l’obstacle sur lequel nous butons dans notre activité quotidienne.

1 – Sur l’emploi Comment faire face à la dévastation de l’emploi qui arrive?

Le deuxième confinement aura des effets destructeurs sur le tissu artisanal et commercial local, et par ailleurs, les grandes entreprises, dans l’automobile, l’aéronautique, accélèrent leur mutation digitale, réorganisent en profondeur les procédés de production avec l’intelligence artificielle, et préparent par le passage du chômage partiel au chômage total pour beaucoup de salariés, en particulier dans les fonctions liées à la production.
C’est donc le moment de relancer la proposition de Fabien faite à Malo les Bains de comités de lutte, de mobilisation, ou de comités pour l’emploi à l’échelle micro-locale, pas seulement privé, mais aussi pour l’emploi public : cela peut se faire dans le confinement, en activant les réseaux et les liens avec les syndicalistes, et les salariés, la commission entreprises peut aider à ce travail.
Ces comités pour l’emploi, outre une fonction de veille, d’anticipation, de diffusion de l’information et de rassemblement de résistance sur ce qui se prépare, auront à s’emparer d’un énorme sujet politique: l’argent public qui coule à flots, parce que les robinets de la BCE ont été ouverts, mais dont l’attribution, le contrôle et le suivi sont toujours hors contrôle démocratique. Il y a aussi sur la table pour ces comités le sujet, pour sauver le petit commerce de la montée en puissance d’Amazon, de trouver de nouvelles formes de commerce numérique pour le faire rentrer dans ces préférences actuelles sur les modalités d’achat, tout en les préservant : cela passe par l’élaboration de plate-formes collaboratives (voir la note de Yann le Pollotec sur le numérique pour les municipales). C’est le moment aussi, avec nos élus municipaux récemment élus, de prendre des initiatives de création des Comités Locaux Economiques Sociaux et Environnementaux pour s’emparer de ces questions. C’est ce qu’ils s’apprêtent à faire dans ma ville de Besançon, et créer ces embryons d’institutions de maîtrise des enjeux économiques, sociaux, sanitaires fait partie pleinement de la réponse à la crise systémique que nous traversons.

2 – Sur les élections départementales et régionales

Elles ne sont pas un compartiment à part et étanche dans notre activité politique du moment, à part dans les réponses que nous pouvons apporter à la crise. Elles ne sont pas le mauvais moment qui serait à passer, avec des alliances plus ou moins forcées, pour avoir des élus, et à oublier très vite pour passer à autre chose, ce qui est parfois l’état d’esprit avec lequel elles sont ressenties par certains de nos camarades.

Non, elles sont à articuler étroitement avec les luttes, elles sont un moment important pour faire avancer les consciences sur le projet de transformation que nous portons. Il y a dans les politiques locales, à la fois des protections possibles contre certaines inégalités, la fonction de «bouclier social», mais aussi des opportunités de constructions alternatives nouvelles, par des conquêtes démocratiques, par la mise en place de nouvelles institutions territoriales qui s’emparent des décisions d’emploi, de formation, de créations d’activités ; elles sont à l’heure actuelle concentrées dans les mains du capital et de la technocratie qui lui est inféodée . Nous pouvons ouvrir les chantiers de la SEF, ne pas en rester vœux pieux mais rentrer dans le concret des premières realisations et expérimentations.

Quelles que soient les configurations de rassemblement, nous devons aborder ces élections de manière offensive, convaincus que les réponses ne sont pas les mêmes selon les majorités qui dirigent les départements et régions, ni les mêmes selon qu’il y a ou non des élus communistes.

Ces élections, non seulement pour la raison démocratique évidente de ne pas accentuer le surplomb de l’élection présidentielle sur le système politique, mais aussi parce que nous y apportons des éléments de réponse à la crise, ne sauraient être reportées après les élections présidentielles. Nous devons nous y opposer résolument.

Jean-Marc Durand

port

à propos du second sujet à l’ordre du jour le 39ème congrès

Tout d’abord je voudrais signifier mon assez large accord avec le rapport de Christian Piquet quant à la présentation des enjeux de notre prochain congrès.

Ensuite je voudrais commencer mon intervention par les questions calendaires qui peuvent certes paraître périphériques mais qui dans le contexte actuel ne le sont pas. Notre congrès étant prévu pour les premiers jours de juillet 2021, à l’évidence si la date des élections départementales et régionales est reportée de mars à juin, nous aurons du mal à tenir notre congrès à ce moment-là. Par contre nous nous devons de respecter le temps démocratique de notre parti qui exige la tenue d’un congrès en 2021. Face à ces deux impératifs, je pense que nous devrions réfléchir et proposer lors de notre prochain CN du 12 décembre la tenue de notre congrès en tout début d’automne, cela nous donne un peu plus de temps pour le préparer et faire vivre pleinement la démocratie dans notre parti dans une période où les conditions extérieures ne facilitent pas les choses.

Mais cette réflexion en amène immédiatement une autre : l’élection présidentielle, sa préparation, la candidature communiste. Et de ce point de vue nous devons donner un signal rapide et clair tant aux communistes qu’à la population. Je rappellerai d’une part l’engagement du 38ème congrès à ce propos et d’autre part, en réponse à quelques interventions précédentes, qu’une candidature unique à gauche ne permettrait pas, à l’heure actuelle, de figurer au second tour et que le total des voix de gauche serait supérieur si plusieurs candidats se présentaient au premier tour. Aujourd’hui nous ne devons pas rêver la réalité mais bien l’apprécier comme elle est ; c’est-à-dire à gauche une situation très difficile avec une gauche qui n’a jamais été aussi bas et eu un aussi faible crédit parmi la population. Donc il s’agit de la reconstruire et elle se reconstruit dans le débat politique sur des propositions et il y a dans ce débat un grand besoin des idées novatrices et structurantes du parti communiste et d’un d’un.e candidat.e communiste les portant haut et fort au cours de la campagne présidentielle qui, comme chacun le sait, est une formidable tribune.

Le niveau d’où nous partons, la difficulté de faire avancer dans la société d’aujourd’hui les idées de transformation profonde, impliquent que nous inscrivions notre campagne dans la durée et pour cela que nous la débutions assez rapidement à partir de quelques axes identificateurs forts. J’en citerai trois : la SEF, les services publics, l’utilisation de l’argent avec les nouveaux pouvoirs démocratiques pour cela. Et cette décision rapide doit à mon avis se prendre avant le congrès lors d’une conférence nationale qui d’ailleurs est statutaire. Elle pourrait se tenir dès les tous premiers jours du printemps 2021. Elle aurait pour fonction de lancer la candidature communiste, de désigner notre candidat.e et une équipe de campagne ainsi que de proposer nos axes de bataille.

A propos de notre 39ème congrès, je voudrais avancer quelques réflexions. Ce congrès n’est pas l’aboutissement du 38ème, ce n’est pas non plus une sorte de finalisation du 38ème. C’est un congrès pour répondre aux défis qui se posent d’une façon à la fois nouvelle et exacerbée. D’une part dépasser les contradictions, les obstacles qui se sont faits jours depuis le 38ème congrès et qui nous ont en quelque sorte empêché de progresser, nous faisant perdre un temps précieux dans notre travail de renouvellement politique, propositions et pratiques, et donc dans notre présence en tant que force organisée sur le terrain pour une action militante de transformation avec la traduction de ce manque sur la mobilisation sociale et sur la reconstruction d’une perspective politique de gauche crédible et de transformation, loin des tentations vers l’union sacrée comme ce que nous pouvons constater en ce moment.

C’est à cela que notre 39ème congrès doit se consacrer en même temps qu’à un travail sur les contenus et une approche de notre société et du monde qui intègre l’évolution du système capitaliste. C’est-à-dire de son obnubilation par le taux de profit à l’utilisation qu’il fait des nouvelles technologies, notamment des réseaux informationnels jusqu’à sa conception de la mondialisation avec les multiples catastrophes sociales, écologiques, économiques sanitaire qui en découlent.

Enfin ce congrès doit aussi être le temps de revisiter la relation élus/parti et vice versa en même temps que, comme il en est habituel, de renouveler nos directions certes en militants et militantes responsables, mais aussi nos pratiques de direction tant la démocratie a besoin de réaliser chez nous d’importants progrès.

Denis Durand

NB : les conditions techniques assez déplorables (visio) ont rendu difficile le suivi de ce CN, c’est dommage !

Au choc de la maladie et à l’angoisse du chômage s’ajoute le choc d’un appauvrissement de masse de la population, d’un déclassement économique et social. Le désarroi, la sidération touche la population, les institutions, les forces sociales dans une ambiance qui rappelle des heures sombres de notre histoire. La société française commence à craquer là où elle est le plus fragile. Les derniers événements ont montré qu’on ne combat pas efficacement le racisme antiarabe en le rebaptisant islamophobie, mais qu’il ne suffit pas non plus de restaurer les principes d’une République qu’on appelait autrefois « bourgeoise » – une République qui est de moins en moins républicaine au sommet de l’État, et qui doit se transformer en un nouvel âge de la démocratie pour prendre en compte les exigences de dignité et d’émancipation qui montent dans les quartiers, dans le travail, dans la vie politique, dans la famille et dans les mœurs.

Que faire dans ces circonstances ? Serrer les rangs derrière le gouvernement face à l’épidémie, et renvoyer à des jours meilleurs la « rupture » ? Mais le pouvoir actuel lui-même compte sur la sidération pour obtenir un effet d’union sacrée et faire passer une série de mesures attentatoires aux libertés dont l’addition est en train de conduire à un changement de régime. Ce n’est pas le moment de prêter la main à ces tentatives.

C’est précisément parce que les gens sont confrontés à une « catastrophe imminente » que la situation exige de passer à la résistance, de s’attaquer tout de suite aux causes profondes de la crise, c’est-à-dire à la domination du capital.

Par exemple, on sait bien qu’on ne peut pas embaucher du jour au lendemain 100 000 soignants formés et qualifiés à l’hôpital. Mais on peut tout de suite embaucher massivement dans des emplois de brancardiers, d’ambulanciers, d’agents d’entretien pour libérer de ces tâches les personnels soignants ; préembaucher massivement des jeunes en cours de formation ; et, simultanément, ouvrir massivement l’accès aux formations pour toutes ces catégories afin de disposer demain des emplois de plus en plus qualifiés dont nous aurons besoin. Et plus le besoin de formation est grand, plus il faut d’embauches pour libérer du temps afin que tous, y compris les agents contractuels, accèdent à la formation.

C’est donc tout à fait révolutionnaire car pour cela il faut une tout autre organisation du travail et des pouvoirs dans l’hôpital. Il faut construire une démocratie sanitaire dans l’hôpital, autour de l’hôpital, et bien sûr dans les lieux où se décident les politiques de santé, au niveau national, au niveau européen et au niveau mondial.

Et il faut énormément d’argent tout de suite. On ne va pas le trouver dans les maigres ressources fiscales que la chute de l’activité a encore affaiblies. En revanche, c’est à cela que devraient servir les 230 milliards que la BCE est en train de déverser sur les marchés en achetant des titres émis par l’État français et par de grandes entreprises françaises. De même qu’il y a un enjeu énorme à mobiliser les banques pour qu’elles prêtent aux PME-TPE, à taux négatif, l’argent dont elles ont besoin pour survivre et se développer dans les quatre à cinq années qui viennent, à condition qu’elles préservent l’emploi.

C’est l’enjeu systémique de notre campagne pour des conférences pour l’emploi, la formation et la transformation productive et écologique. C’est ce qui donne leur cohérence politique aux différentes batailles pour l’hôpital, pour un pôle public du médicament, pour la santé en général, pour les services publics, pour l’emploi dans l’industrie et les services. C’est la cohérence du processus révolutionnaire défini par le 38ème congrès.

Le succès, souligné dans le rapport, de la première étape de notre campagne pour l’emploi, grâce à notre capacité collective à surmonter les réticences qui se sont exprimées jusque dans cette instance, témoigne d’une avancée considérable dans l’appropriation par les militants de cette dimension révolutionnaire de notre projet de sécurisation de l’emploi et de la formation dans la situation présente. La vie montre ainsi que le meilleur moyen, pour le PCF, de tenir toute sa place dans la bataille politique, et de réaliser l’unité en son sein, c’est de mettre en œuvre effectivement les décisions du 38ème congrès.

Il faut donc, comme nous l’avons décidé au congrès, créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle en désignant rapidement notre candidat et en prenant sans attendre davantage les dispositions nécessaires pour en faire le porte-parole de cette cohérence révolutionnaire contre la domination du capital.

Brahim Jlalj

Pour information voici l’ intervention que je n ai pas pu faire au CN (problème thechnique). Elle concerne le débat sur la tenue de notre congrès et une candidature du P.C.F à la prochaine élection présidentielle. Il faut à mon avis dissocier ces deux questions, avec par exemple une Conférence Nationale dès que possible qui désignera notre candidat(e) et le congrès qui ne sera pas obnubilé, « pris en otage » par cette question pourrait se tenir plus tard, après les vacances d’été en novembre 2021 par exemple.

Sur notre candidature à l’élection présidentielle, le Conseil Départemental de La Charente Maritime a adressé un vœu adopté à l’unanimité à notre Direction Nationale. Le Conseil Départemental pense qu’une candidature tardive, à l’automne 2021, risquera d’apparaître comme une candidature de plus, voire la candidature de trop et donc une candidature de division nous rendant inaudibles. S’il est bien déclaré qu’il y aura une candidature du Parti à cette élection, conformément à la décision du dernier congrès, celle-ci serait renvoyée, au plus tôt, après le congrès de juin 2021, en clair, avec une désignation à l’automne 2021. Qu’on le veuille ou non, les institutions de la 5ème République et la présidentialisation du régime font de l’élection présidentielle un moment fort du débat nationale et tous les médias et partis sont déjà tournés vers 2022. Une candidature communiste à la présidentielle, le plus tôt possible, permettrait d’affirmer notre présence dans le débat, d’affirmer l’idée communiste de manière décomplexée et en particulier celle du communisme français, d’intervenir pour rassembler dans la clarté les forces de gauche et écologistes et de déjouer les manœuvres qui ne manqueront pas pour éloigner toute perspective de changement progressiste. Dans le cas contraire, nous serions voués une fois de plus à l’effacement, à « prendre un train en marche » dont nous serions le dernier wagon. 
Notre projet politique suppose d’unir, d’unir dans l’action et de créer un mouvement populaire durable définissant et s’appropriant la transformation de la société, le dépassement du capitalisme, le « système d’après ». Créer un rapport de force favorable à un tel mouvement populaire suppose une forte présence de notre parti dans la bataille idéologique à mener.
Il existe, fort heureusement des convergences avec toutes les forces de gauche et écologistes mais aussi des désaccords voire des divergences à surmonter. Les autres forces n’ont pas les mêmes positions que nous par rapport à l’antagonisme capital-travail et au dépassement du capitalisme… Une candidature communiste mise au service du rassemblement permettrait d’ouvrir une perspective et de créer un espoir.
Bref, passer de la défensive à l’offensive en s’affirmant dans le paysage politique.

Tel est le sens qu’aurait cette candidature « dès maintenant » qui, par ailleurs, serait un point d’appui pour nos candidatures aux élections régionales, départementales et un tremplin pour les législatives qui suivront.

Pour toutes ces raisons, nous demandons que soit organisée, le plus tôt possible, la désignation d’un-e candidat-e à la présidentielle. Le moment venu, soit elle pourrait devenir la candidature du rassemblement, soit elle pourrait même, le cas échéant, se retirer au profit du rassemblement.

Notes[+]

1 comment on “Conseil National du PCF du 7 novembre 2020, les interventions de Frédéric Boccara, Evelyne Ternant, Jean Marc Durand, Denis Durand, Brahim Jlalj

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    Jean Claude THENOT

    OK ! avec l’écrit. Que cette nomination à la candidature , pour des raisons d’écho politique, ne soit pas celle du Secrétaire Général .

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