Crises, alternatives, actions

Quelques impressions sur le débat «quelle rupture avec le capitalisme» avec Laurent Brun et Rémy Herrera ?

ll faut poursuivre le débat en toute sérénité, en grand angle, sans restreindre a priori la diversité des intervenants et par voie de conséquence le champ de l'investigation.

Un succès de participation, avec beaucoup de jeunes, et l’envie de renouer avec les fondements théoriques, et travailler la visée révolutionnaire.

Pour autant, à mon avis, il n’y a pas eu d’avancée sur les butoirs auxquels nous nous heurtons : comment politiser les luttes et s’appuyer sur les résistances au capital pour les transformer en mobilisations révolutionnaires ? Comment établir la jonction entre une théorie révolutionnaire sur le capitalisme et les affrontements au capital qui se déroulent dans le cadre limité du syndicalisme ?

La réponse à ces questions, qui est le fond de la problématique révolutionnaire, n’a pas été abordée, pour deux raisons:

1) Aucune des deux interventions liminaires n’a opéré cette jonction entre théorie et luttes : il y a eu d’un côté un exposé théorique général sur le capitalisme, largement intemporel, et de l’autre une analyse, pénétrante et brillante, sans aucun doute, mais portant sur les luttes actuelles, les limites auxquelles se heurte le mouvement social et l’affirmation d’un besoin de perspectives transformatrices, mais sans avancer de pistes sur le sujet.

2) L’exposé de Rémy Herréra, dans une facture marxiste doctrinaire et assez académique, n’a pas vraiment traité les caractéristiques nouvelles du capitalisme et de la crise systémique aujourd’hui : la stratégie du capital, son organisation, ses centres de pouvoirs, avec les multinationales, les banques, les marchés financiers globalisés, les instances supranationales au service du capital, ni l’analyse des forces productives, sinon une vision exclusivement négative des nouvelles technologies qui «éliminent beaucoup trop de travail», sans en évoquer contradictoirement le potentiel de partage universel des connaissances. Quels leviers dans le capitalisme mettre en oeuvre pour faire reculer tous ces pouvoirs? Autant de points aveugles.

Au fond, c’est l’impensé sur la «transition» d’un système à une autre, sur les voies processus d’émancipation du capitalisme, qui m’a frappée, avec plusieurs déclinaisons :

1) L’invocation du socialisme, sans en expliciter un contenu, et présenté comme LA perspective capable de remobiliser massivement et requinquer le parti, que l’on justifierait avec la réhabilitation d’expériences comme celles de la Chine, Cuba ou le Vietnam, mais silencieux sur ce qu’il y a derrière le concept, ni sur les différences de développement entre les pays, m’ont semblé un énorme retour en arrière, quand l’expérience soviétique était la référence et portait l’espérance de la transformation sociale.

Cet aspect a été soulevé par plusieurs interventions écrites ; « c’est quoi des politiques socialistes? Qu’est-ce qui est mis derrière le mot? N’y a -t-il pas le risque de revenir à un totem? ». Les commentaires ont à la fois affirmé le souhait d’un concept pour affirmer et nommer une étape d’émancipation du capitalisme, et la crainte d’une utilisation nostalgique et incantatoire du terme.

2) Comment est pensée la prise de pouvoir ? J’ai eu l’impression qu’au fond, ce qui était sous-jacent, c’est une vision séparée entre d’un côté des luttes, des luttes, des luttes, et d’un autre, une prise de pouvoir, vue surtout comme prise de pouvoir d’État, avec des nationalisations et une planification, non réinterrogée dans les formes centralisées qu’elle a connues historiquement. La question de multiples conquêtes de pouvoirs décentralisées, grâce à une politisation des luttes, pour en faire des points d’appuis qui font reculer les pouvoirs du capital sur les décisions économiques et émancipent de la logique dominante de la rentabilité financière, était visiblement hors sujet. De même que la question du pouvoir économique international (dollar, FMI, …)

3) Un présupposé non discuté : la condition sine qua non d’une possibilité de mener des politiques de progrès serait de quitter l’Union Européenne et la zone euro. Il y a eu des propos très intéressants sur le caractère contradictoire et conflictuel de la formation économique et sociale chinoise, entre d’un côté des éléments du capitalisme qui peuvent devenir dominants et d’un autre côté une maîtrise publique des secteurs stratégiques, de la monnaie, une certaine planification avec ses potentiels d’émergence d’un autre système économique. Pourquoi cette approche dialectique n’est-elle pas appliquée à l’analyse des contradictions de la construction européenne? Le carcan austéritaire qu’elle impose aux politiques économiques, tout comme les risques d’un retour à la guerre entre les monnaies, ou encore l’énorme capacité de financement potentielle en commun qui existe avec la BCE, et l’enjeu de sa maîtrise. De même d’ailleurs les questions que se posent eux-mêmes les communistes chinois par exemple: comment concilier souplesse du marché, efficacité, innovation et protection de l’emploi ?

4) Une déception sur le fait que le projet de Sécurité Emploi Formation (SEF) n’a pas été abordé, (du moins pendant les deux premières heures, j’ai dû me déconnecter après). Évidemment si on élimine les novations théoriques, politiques et pratiques sur l’émancipation des marchés qui ont alimenté nos propositions depuis 20 ans, et n’ont certes pas été toujours diffusées par les directions de l’époque, et encore moins prises à bras le corps par celles-ci, si on ne tient pas compte du fait que la SEF a enfin été posée comme élément central d’émancipation du marché du travail dans le texte du 38ème congrès, on comprend qu’on puisse avoir l’impression d’un vide sidéral de créativité révolutionnaire au PCF ! Donc affrontons les points de vue s’il le faut sur la portée du projet, mais ne faisons pas comme s’il n’existait pas de projet de transformation révolutionnaire dans le parti.

Le débat a montré la formidable envie de révolution, la soif de revenir à des fondements théoriques. ll faut poursuivre le débat en toute sérénité, en grand angle, sans restreindre a priori la diversité des intervenants et par voie de conséquence le champ de l’investigation.

3 comments on “Quelques impressions sur le débat «quelle rupture avec le capitalisme» avec Laurent Brun et Rémy Herrera ?

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    Hervé RADUREAU

    Notre dernier congrès s’est trouvé limité à nous sortir de l’effacement dont le résultat final ne pouvait être en toute logique que notre disparition en tant que parti.
    Le slogan de « dépassement du capitalisme » a été rappelé mais en fait toujours vide de contenu concret même si une vision théorique avancée par les camarades de la commission économique existe aboutissant donc à la SEF.
    Nous nous heurtons aussi à un manque flagrant de synchronisme entre les différents secteurs.
    Je n’oublie pas le manque de formation des adhérents qui en grande majorité ne connaissent pas les travaux de nos secteurs, très riches mais aussi très difficiles à apprehender.
    Si bien que les débats internes au mieux se concentrent sur une question de notre présence ou non aux élections présidentielles qui se suivent tous les 5 ans.
    Nous sommes très bons pour le constat, état des lieux et diagnostics: depuis très longtemps, peut-être depuis 100 ans, il nous manque un projet pragmatique et réaliste au regard de l’état de la société qui évolue aussi toujours sans nous.
    Voilà où se trouve pour moi l’obstacle principal.
    Pour finir, je suis persuadé par exemple que la séparation entre parti et syndicat n’est plus opérante.

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    Michel Berdagué

    Oui Camarade Evelyne Ternant des analyses et des questions articulées auxquelles il faut répondre et qui ont été évitées , bizarrement , avec un manque théorique signifiant sur le matérialisme dialectique et le matérialisme historique qui doit , dans une certaine vérité , être aussi dialectique .
    – Suite à l’ écoute du premier intervenant ce qui m’a heurté c’ est de réduire les nécessaires analyses des forces productives que ce soit tout marxiste et communiste aux  » luttes ? » des quartiers érigés en seule base montre une dérive et un en deçà mortifère voire gauchiste .alors les Luttes dans les entreprises passées pour l’ histoire à connaître et les luttes actuelles celles de 2020 sont oubliées , censurées ?
    – Par contre d’ exiger de savoir et de reconnaître que la  » disparition « .- pas totale avec bonheur , il y a des lieux de résistance ! – des cellules d’ entreprises privées et publiques ou ce qui reste encore vu la boulimie du kapital de tout absorbé pour le profit et via la plus-que sur accumulation de ce capital dans ce XXI è siècle , cette mise en veilleuse de la présence des Communistes organisés au sein de l’ exploitation capitaliste est la première cause de la non visibilité du Parti qui se veut Communiste ! C’ est ce que le kapital/Impérialiste craint le plus même si ce sont des multinationales …de toutes manières elles ont tout pouvoir de délocaliser attirées par la sur value exponentielle …! C’ est là que tout se joue !
    – De faire croire qu’ il y a pas de formations dans le Parti , formations de haut niveau , je pense même dite de base , avec des formateurs comme Yves Dimicoli , Denis Durand , Frédéric Boccara , Catherine Mills qui était intervenue du temps de Jean Salem  » Marx au XXI è siècle , l’ Esprit et la Lettre  » et que tout le monde peut retrouver aux Archives : lesfilmsdelan2.org , Les Films de l’ an 2 avec les Camarades Michel et Thomas qui depuis 1993 ont recueilli des meilleurs penseurs et divers sur Marx et sur le socialisme et le communisme …!
    Oui il y a des formations dans le Parti et la Commission Economique , instance collective dirigeante du PCF produit des analyses et textes que tout communiste doit connaître au regard de l’ évolution du Kapital en PLUS-QUE Impérialisme dans ce début du 21 ème , loin du Livre de Lénine dans l’ exploitation planétaire ou plus exactement de la mise en oeuvre de que qu’ avançait , analysait Lénine en 1916 publié en 1917  » …avec la domination des monopoles et du capital financier …  »
    – Certes avec les BRICS , et la Route de la Soie , les différents accords de défense mutuels , entre la Russie , la Chine , Cuba , Viet Nam …mais aussi Vénézuela ,;;; Bolivie , Chili , … La Chine est incontournable et à connaître où les contradictions sont vives et nécessaires tant qu’ ils resteront isolés …sans que des pays comme le nôtre se décide pour le socialisme à direction communiste ce qui écarte d’ emblée toute tentative de social-démocratie qui n’ est comme le kapitalisme vert que de faire accepter l’ exploitation plus ou moins douce du kapital avec ses profits et mécanismes gagnant à tous les coups pour l’ Impérialisme !
    Là la Rupture doit être capitale définitive pour la ligne politique !
    Se posent nos propositions : le projet Sécurité Emploi Formation SEF à mettre en débat avec ce qui à cours avec l’ analyse de Bernard Friot avec le salaire à vie suivant les qualifications , et non au poste incluant là la formation continuelle pour un salaire de 1 à 3 …avec une Caisse générée par les Cotisations avec les pouvoirs décisionnels des cotisants exclu le patronat des ordonnances de 1967 le mettant dans le pouvoir de casser tout acquis et toujours à l’ affût de prendre tous les pouvoirs et de casser le Programme du CNR : cf Denis Kessler ,
    Ce débat est attendu et pourrait se passer en fraternité avec les instances du Parti , ses propositions , la clarification du socialisme à construire dans notre pays la France très riche en traditions révolutionnaires et Luttes , ce qui implique un passage de l’impérialisme en 2020 et les suivantes en un socialisme à direction communiste ,précision à faire du fait du mot socialiste très appauvri et détourné des dits PS et autres officines – c-à-d , tous les nombreux anticommunistes qui ont passé leur temps à rejoindre en idéologie le kapital ayant pris tous les pouvoirs en France , médias en premier et privatisations accélérées des services publics …, la Poste cet été en plein virus et ce n’est pas fini …Aussi de dire la maîtrise de la monnaie des banques et assurances de la BCE au monde du travail …!
    Débat avec le Réseau / Salariat où les prémices de communisme étaient du déjà là en 1946 – oui sans les ordonnances de 1967 introduisant le loup rapace dans la bergerie le patronat impérialiste …l’ importance de notre Sécu de 1936 à étendre dans toutes les sphères de la société …OUI bien sûr ce serait idéal mais quid du capital financier toujours à l’ oeuvre d’ entreprendre les guerres tous azimut , financières monétaires économiques blocus embergos…et d’ interventions armées …
    Peux – t on faire l’ économie du passage au socialisme …? Grande question à débattre et en URGENCE … !
    De l’ une ou deux options choisie , politique et stratégique , la réaction de la part du Kapital en Impérialisme sera violente ::le socialisme vers le communisme n’ est pas un long fleuve tranquille …et pourtant il est absolument nécessaire pour vivre Debout …ans courber l’ échine et subissant tous leurs pouvoirs morbides et …dépassés mais la contradiction est majeure . Là le monde du travail , le Prolétariat le sait mais d’ une manière confuse …il faut changer e système …et les forces les plus obscures fascistes sont presque prêtes …avec le kapital les autorisant , c’ est historique et certainement actuel car permanent du fait de la lutte de classe .du capital avec tous ses relais et pouvoirs .
    Comme la vie , beaucoup de travail à faire !

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    Ces remarques sont bien intéressantes et pertinentes. Pour ma part, j’ai apprécié l’intervention de Remy HERRERA parce qu’elle revient à des fondamentaux qui fixent un cadre. Mais notre faiblesse est que nous avons eu peu de témoignages de militants sur l’activité politique à l’entreprise ce qui reflète je crois l’insuffisance de cette activité. Pour moi la SEF mériterait d’être expliquée et développée par des camarades qui maîtrisent cette proposition, mais pourquoi n’étaient ils pas présent au débat pour en parler ? J’attends beaucoup de leur part car je ne comprends pas comment concrètement cette proposition vit ou peut vivre dans le concret des luttes aujourd’hui. Idem les communistes du communisme « dejà là » du réseau salariat où étaient-ils ? Il y a eu 1 camarade qui a évoqué cette idée du « dejà là » mais sans développer.
    En tout cas j’ai beaucoup apprécié ce débat malgré ses insuffisances, il ne doit pas être un coup sans lendemain. Je veux remercier très fraternellement les camarades qui en sont à l’initiative.

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