Initiatives militantes

Halte à la guerre contre le peuple : de vraies solutions !

Mettons de côté la profonde colère qui découle de la mise en scène de Macron mercredi soir dans un hôpital de campagne pour déconstruire le bombardement idéologique que nous subissons.

Stéphane Bonnéry est Professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris VIII

Mettons de côté la profonde colère qui découle de la mise en scène de Macron mercredi soir dans un hôpital de campagne pour déconstruire le bombardement idéologique que nous subissons.

Les politiques de profit ne sont pas « face » à une crise, elles sont l’une de ses causes

Selon les gouvernants des pays capitalistes (France, États-Unis, Grande-Bretagne…) notre pays serait en guerre face à un tsunami, donc face un phénomène naturel. Avec ces métaphores, on veut d’abord nous faire croire que ce dernier était imprévisible. Or, depuis trois mois, ils savaient progressivement beaucoup de choses, mais les faits prouvent que leur priorité était de ne pas affoler la bourse et maintenir la production pour les profits d’une petite minorité en exposant les travailleurs au risque. Ils devront rendre des comptes.

Avec la métaphore naturelle, on veut encore nous faire croire que le gouvernement est face à un problème qui vient de l’extérieur : mais les politiques d’austérités sont l’une des causes de la crise. La politique du « zéro stock » pour optimiser les profits conduit à la pénurie de masques, celle de la délocalisation des entreprises vers le moins cher désarme les possibilités de fabriquer localement les équipements nécessaires dont les besoins augmentent subitement, l’absence de dépistage systématique du COVID-19 vient avant tout de causes idéologiques contre leur financement par la sécurité sociale. La politique de financement de la recherche focalisant sur les débouchés « rentables » a empêché la recherche fondamentale de trouver des solutions plus larges face à des virus émergents. Et le sabotage des services publics par la pénurie organisée est la cause première de la grande difficulté de la société pour faire face à la crise.

L’indécence et le calcul du pire

Le cynisme le dispute à l’indécence quand Macron loue les travailleurs « au front » avec des larmes de crocodile tout en ne concédant réellement que le paiement des heures supplémentaires, sans protection, le reste n’étant qu’une intension floue de faire des efforts budgétaires plus tard. Non, les solutions ne sont pas pour « le jour d’après », mais sont nécessaires tout de suite. D’ailleurs, Macron le sait parfaitement car plutôt que de sortir le pays des logiques capitalistes qui l’ont affaibli pour affronter le virus, il instrumentalise la crise pour imposer sa politique, qui ne fera qu’aggraver le problème. Et c’est là que la rhétorique de la guerre lui est utile.

Blitzkrieg et guerre de durée

À qui Macron fait-il exactement la guerre ? Les mesures annoncées cherchent à la fois à contenir l’épidémie, à éviter de vraies solutions qui s’en prendraient à la finance, et à imposer une politique dramatique alors que toute opposition est muselée au nom de l’union sacrée.

Le gouvernement a lancé une offensive éclair contre le code du travail (congés payés, temps de travail hebdomadaire, etc.), contre les libertés publiques avec la surveillance de certains quartiers (il faudra bien rendre des comptes sur les raisons du ciblage de certains plutôt que d’autres). Cette stratégie du choc installe des logiques durables. La précarité des travailleurs est instituée sur la durée, au service des grandes entreprises, mais aucune aide pour les petits artisans et commerçants. Blanquer n’a pas reculé les dates de saisie des vœux dans parcousup, la machine à tri social, qui va pouvoir être pleinement efficace avec des lycéens plus difficilement accompagnés à rédiger leurs dossiers d’orientation ; le même ministre de l’éducation recule le débat collectif sur le baccalauréat, car des solutions pourraient être trouvées (programme réduit communiqué dès maintenant, diversité de sujets aux choix…) et imposer le contrôle continu, c’est-à-dire un bac reconnu inégalement selon l’établissement d’origine… Son exhortation à la « continuité pédagogique » se heurtant au fait que pour ce faire, il faut des enseignants « en continu » : or, le massacre des postes à l’école et à l’université par les politiques actuelles fait tenir le système sur des contractuels… il est impossible de « lisser » le programme entre cette année et la suivante.

Macron met la France en danger

En accentuant les politiques qui nous ont rendus vulnérables, Macron nous met en danger si le COVID-19 revient dans quelques mois : soignants et forces de l’ordre épuisés, petits travailleurs des services pressurés, etc. 

Et à plus long terme, comment combattre de nouveaux virus émergeants ? La Loi de Programmation Pluriannuelle de la recherche n’est pas annulée, alors qu’elle affaiblit les financements structurels de la recherche en la limitant à ce qui est rentable à court terme, en mettant les laboratoires en concurrence plutôt que de miser sur l’efficacité des coopérations…

En empêchant le débat, en banalisant l’autoritarisme des ordonnances et du 49-3, la surveillance des populations, il prépare un boulevard à l’extrême droite, qui aura beau jeu de dire que ces fausses solutions étaient déjà là. En 1939, face au péril, Daladier avait ainsi ouvert la porte à Pétain.

Il est encore temps

Un plan de relance chiffré et immédiat pour l’ensemble des services publics est nécessaire. Nombre d’économistes hétérodoxes font des propositions. L’Etat peut à nouveau jouer son rôle en aidant les petits artisans et commerçants à produire ce qui nous est indispensable à court terme : des masques, du matériel médical, des denrées alimentaires. La relance du service public d’éducation et d’enseignement supérieur est vital pour préparer l’avenir.

Chacun a son rôle devant l’histoire. Celui des citoyens est de ne plus se taire face à ces politiques néfastes.

1 comment on “Halte à la guerre contre le peuple : de vraies solutions !

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    Roger Gresser

    Un article du Professeur Stéphane Bonnery

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